Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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Nous voici rentrés à Salvador de Bahia, où nous avons retrouvé le bateau. Tout va bien, rien n’a bougé. De l’île de Chiloé jusqu’à la baie de Salvador, cent heures de bus nous furent nécessaires pour traverser le continent, passer de l’océan pacifique à l’océan atlantique, ponctuées de deux escales deux journées à Santiago et Valparaiso, puis une autre sur Sao Paulo. Nous comptions aussi nous arrêter à Rio de Janeiro, mais les habitants connaissent actuellement une épidémie de dengue. On se disait que l’épidémie n’était peut-être que concentrée dans les favellas, mais même les brésiliens nous déconseillent d’y aller (d’autant plus que je l’ai pour ma part déjà attrapée il y a quelques années dans un autre pays, une seconde crise pourrait être plus grave). Laurent voulait voir Rio, tant pis ce sera pour une prochaine fois !

 

Nous restons dans la baie de Salvador le temps de quelques travaux d’entretien avant notre prochaine navigation (carénage, changement du parc batteries, couture d’une housse pour l’annexe et autres petits travaux de bricolage…). Il fait beau et chaud. Les températures la nuit nous changent radicalement de celles vécues sous la tente en Patagonie ! On vient de mettre sous vide et rangé en fond de placards nos vêtements d’hiver. On ne devrait plus en avoir besoin pour un petit moment. En retournant quelques jours sur l’île d’Itaparica, dans la baie de Salvador, nous avons retrouvé plusieurs bateaux français comme Brigitte et Jean-Michel, rencontrés il y a deux mois sur le rio Iguacu à Santiago de Iguape, ou encore David et Catherine, et leur fils de deux ans Eric. Leur rencontre est étonnante. David reconnait notre bateau qu’il a gardienné dans le Morbihan il y a vingt ans, il avait alors dix ans. Il se rappelle très bien de son constructeur Jean-Yves et de sa famille partis faire un grand voyage en Méditerranée à bord de Mandragore... En poursuivant la discussion on se rend compte que nous avons également d’autres amis communs, comme Juliette de la Chaloupe à Noirmoutier !! mais aussi Fanch, Fatya et François à bord de « Loco », le voilier que nous avions remorqué à la Corogne, lorsqu’ils étaient en galère de moteur. Le monde est petit n’est-ce pas !

Nos travaux sont terminés, la coque et le pont sont nettoyés, les pleins d’eau, gasoil sont faits. Nous sommes à présent prêts, la météo est bonne, nous reprendrons la mer lundi, direction Jacaré, au nord du Brésil, puis la Guyane française, où nous attend un colis… notre nouveau safran de régulateur d’allure. Nous devrions atteindre le port de Kourou dans deux ou trois semaines.

 

Retour en arrière sur nos dernières destinations…

 

L’île de Chiloe…

 

Samedi 29 mars, 23h, après ces 32 heures de traversée dans les canaux, le ferry nous laisse à Quellon au sud-est de l’île de Chiloé. Nous trouvons rapidement un hébergement pour la nuit, un enfant nous accoste pour nous proposer une chambre chez ses parents près du port. Au petit matin, nous repartons sacs sur le dos en vue d’en découvrir un maximum pendant ces quelques jours.

Située au nord de la Patagonie chilienne, l’île de Chiloe s’étend sur 190 kilomètres de long et 60 de large. A l’ouest de la Cordillère des Andes, elle connaît de fortes précipitations tout au long de l’année. Néanmoins lorsque nous y sommes, nous bénéficions d’un grand soleil quotidien ! Petits ports de pêches, fermes entourées de prairies, maisons en bardeaux (longues tuiles en bois de mélèze) l'île de Chiloé est pleine de charmes. Pas de glaciers, pas de hauts sommets, Chiloé, c’est une atmosphère douce et reposante, des paysages vallonnés qui nous rappellent parfois notre bocage normand. Le temps clair nous permet de voir au loin les sommets enneigés de la Cordillère. Une seule route asphaltée traverse l'île, joignant ainsi les trois villes principales de l’île, du sud au nord, Quellon, Castro, et Ancud. L’île est particulièrement réputée pour ses églises traditionnelles en bois, revêtues de tôle ondulée. On n’en compte pas moins de cent cinquante sur l'archipel, dont quatorze classées par l’UNESCO sur les listes du patrimoine mondial de l'humanité.

Nous rejoignons Castro en bus, capitale de l’île bien assise dans son bras de mer d’où s’éparpille une kyrielle de petites îles. Une belle balade dans son centre-ville nous emmène vers ses « palafitos », quartiers entiers de maisons sur pilotis. Depuis Castro, nous voulons rejoindre le Parc National de Chiloe, près de Cucao, sur le versant ouest de l’île, mais nous sommes dimanche, le service des transports en commun est limité. Nous ne pouvons faire que le tiers du chemin en bus, jusqu’à Chonchi. Pour la suite nous retrouvons notre cher pouce levé au bord de la route. Cinquante petits kilomètres nous séparent de Cucao, mais nous n’atteignons notre destination que quatre heures plus tard à la tombée de la nuit, grâce à trois voitures différentes et pas mal de marche à pied ! Le Parc National de Chiloe n’est pas exceptionnel en soit, ou disons que la beauté de ses paysages n’a rien à voir avec ceux, grandioses et impressionnants, que nous avons vus précédemment. On traverse d’abord une réserve forestière, puis une longue plage s’étirant jusqu’à l’horizon. La particularité de ce parc est surtout son étonnant taux d’endémisme (des espèces qui n’existent qu’ici). Les conditions naturelles d’isolation prolongée de l’île durant les ères glaciaires ont permis l’évolution d’une riche biodiversité. L’association « Defensores del Bosques Chileno » révèle des chiffres étonnants : 80% des espèces d’arbres seraient endémiques, 33% des mammifères, 50% des poissons d’eau douce, 30% des oiseaux !

De retour à Castro, nous montons vers Quemchi, un petit village pittoresque de pêcheurs. Nous arrivons juste au coucher du soleil sur le port, les couleurs des bateaux sont particulièrement lumineuses. A marée haute, le spectacle change, les bateaux abandonnés dansent près des maisons sur pilotis qui se reflètent dans l'eau. Nous rencontrons Doreen, une étudiante allemande, qui arrive tout juste de 4000 kms à vélo depuis Santiago ! Le lendemain matin, à nouveau le pouce levé sur le bord de la route, nous essayons de rejoindre Huite, le petit hameau où Sébastien et Nathalie, des amis de Noirmoutier, ont acheté un terrain. A l’heure où nous vous écrivons, ils sont à bord de leur voilier « Lafsko » avec Joan, leur enfant de 2 ans, en train de descendre la côte atlantique jusqu’au Cap Vert. Ils traverseront ensuite l’Atlantique en vue d’amener leur bateau au mouillage juste devant leur terrain. De quoi faire rêver de nombreux amateurs de nature et de tranquillité ! Nous rencontrons Don Victorino, les anciens propriétaires et voisins, discutons longuement, mais il nous faut reprendre notre chemin… Le bus permettant de rejoindre directement Santiago part ce soir. Le retour en stop depuis Huite est encore moins prolifique qu’à l’aller, près de deux heures d’attente sans une seule voiture, mais on en profite pour manger plein de mûres le long des chemins !!! Nous arrivons à temps à Ancud et embarquons ce même soir pour Santiago. Pour quitter l’île, le bus emprunte le bac tout au nord de l’île. Trente minutes de navigation suffisent pour traverser le canal qui sépare Chacao de Pargua, sur le continent chilien.

 

Santiago – Valparaiso :

 

Quinze heures plus tard, nous débarquons à la gare routière de Santiago. Pour que la transition soit moins rude, nous préférons visiter d’abord Valparaiso, ville voisine, célèbre pour ses quartiers aux maisons colorées, ce qui lui vaut d’ailleurs d’être classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité. Nous avons vraiment apprécié le charme de cette ville. Quant à Vina Del Mar, ville voisine de Valparaiso, son centre n’est finalement qu’une grosse station balnéaire à la mode, exhibant ses buildings pour vacanciers le long de la plage.

Retour à Santiago. Nous visitons le centre de la capitale chilienne, et deux de ses musées. Fondée en 1541 par les colons espagnols, la majeure partie de l’héritage architectural de cette époque a malheureusement disparu sous l’effet de séismes et d’incendies. Le quartier piétonnier dans le cœur de la ville autour de la Place d’Armes est agréable, mais si l’on s’en écarte un peu reviennent rapidement tous les inconvénients des grandes villes, bruit, pollution, buildings...

 

Sao Paulo :

 

Après cette dernière escale chilienne, notre nouveau bus et ses 55 heures de transport nous fait traverser trois frontières Chili, Argentine, puis Brésil. Trois pays, 3000 kms et des paysages si différents. La frontière entre le Chili et l’Argentine par exemple se situe au bout d’une route sinueuse, au beau milieu de la cordillère des Andes. Les paysages sont ensuite très plats, et prennent des formes vallonnées et verdoyantes à l’approche de la côte atlantique brésilienne. Vu que nous disposions de quelques heures seulement à Sao Paulo, nous nous concentrons sur la visite de son centre historique. Comme pour Santiago, nous y avons ressenti les avantages et les inconvénients des grandes villes, mais cela nous fait du bien de couper un peu le voyage, et c´est toujours agréable de connaître de nouveaux endroits.