Chapitre 38 : Tahiti et ses îles,
2 août au 23 novembre 2009
Le temps passe vite... Déjà plus de trois mois que nous avons atteint les îles de la Société. Marie et Eric, mes cousins, nous rejoignent pour des vacances à notre bord. Nous en profitons pour naviguer et visiter ensemble Moorea, l’île voisine de Tahiti, puis les îles sous le Vent, Huahine, Raiatea, Tahaa et Bora Bora. On peut dire que ces îles ont un peu des Marquises par leurs montagnes luxuriantes et des Tuamotus par leurs lagons turquoises et poissonneux.
Rentrés de nos pérégrinations fin octobre, nous nous fixons à Tahiti. Les grandes navigations vont cesser pour un moment, mais une nouvelle tranche de vie nous attend.
Retour sur ces trois derniers mois, plus en détails…
1. Retrouvailles à Tahiti
Nos quinze premiers jours à Tahiti début août sont l’occasion de belles retrouvailles, notamment nos amis en voiliers Qovop, Watermelon, Canela, Kalida, Kamoke… Depuis notre première rencontre à Panama, nos parcours se suivent dans les grandes lignes. On se retrouve régulièrement sur certaines étapes. Mais alors que tous ont choisi de continuer leur route pour atteindre la Nouvelle Zélande en novembre, nous comptons rester dans les parages un moment.
En plus de nos copains en voiliers, on y retrouve nos amis terriens pas revus de longue date. Amis connus en France venus s’installer ici, comme Julien et Meryl, ou amis rencontrés précédemment (pendant mon premier voyage en 2002 avec mon amie Karen), Cybèle, Franck, Eric, Sam... Cela fait bien plaisir de se retrouver, et voir que les familles s’agrandissent ! Personne n’a vraiment changé, ça ne fait que sept ans finalement ! à part Teaneï, petite tête blonde de deux ans qui en a aujourd’hui neuf ! et de plus un petit frère et une petite sœur !
Papeete… On ne visite pas Papeete, mais on y flâne, idéalement en évitant l’engorgement du centre aux heures de pointe. Le front de mer a bien changé depuis sept ans. L’avenue du front de mer est devenue une deux fois trois voies, mais le contraste est d’autant plus saisissant lorsque l’on visionne les images tournées par Moitessier dans les années 70. Du sable, une simple rue, très peu de voitures, on a peine à imaginer qu’il puisse s’agir de la même ville. Les voiliers appréciaient venir y mouiller. Aujourd’hui la plupart des voiliers mouillent à la Marina Taina, sur Punaauia, la ville voisine au sud de Papeete. Les trucks, bus, ou son pouce pour faire du stop, permettent de rejoindre facilement le centre-
ville. Juste à côté de la marina, un grand Carrefour s’est implanté. Bien pratique, on peut même emmener son caddie jusqu’au port, et le laisser à un endroit où Carrefour à l’habitude de venir les récupérer. A part le désagrément des voitures à certaines heures – mais bon, après tout, quelle grande ville y échappe – on s’y sent bien. Se balader au marché, entre les fruits et légumes, le poisson, les perles, les spécialités et souvenirs à offrir, résidents comme touristes, chacun y trouve son compte. Les gens sont souriants dans la rue, l’atmosphère y est détendue. J’y reconnais des rues, l’église où nous avions assisté à une messe très dynamique, comme le sont toutes les messes ici ! J’y reconnais aussi la grande place Vaiete où nous étions venus déguster un poisson cru dans une des nombreuses roulottes. Manger dans une roulotte est une pratique bien répandue dans les îles. On retrouve le même principe – en moins conséquent, mais aussi bon – sur Bora Bora, Huahine…
Malheureusement, faute de temps, les touristes de passage en Polynésie, ne visitent souvent que Papeete, et tracent direct sur Moorea puis les îles sous le vent. Quand on est pressé, évidemment c’est ce qu’il faut faire. Mais si on a la possibilité de faire autrement, l’intérieur des terres de Tahiti en vaut vraiment la peine, particulièrement la vallée de la Papeeno, les lavatubes, le Mont Aoraï, la presqu’île Tahiti Iti…

2. Moorea
Voisine de Papeete, à une vingtaine de miles, on peut s’y rendre même le temps d’un weekend depuis Tahiti. Une marche jusqu’au Belvédère offre un magnifique point de vue sur les baies de Cook et Opunohu. Mandragore est mouillé à Opunohu, un mouillage bien abrité. En annexe, nous rejoignons la zone où l’on peut nager avec les raies… Elles vivent dans le lagon, et sont attirées par le poisson qu’on leur donne, au point de nous bousculer sous l’eau. Les premières secondes avec elles, on n’est pas rassuré… mais la confiance se fait vite. Leur peau est étonnamment douce, comme du velours… Les requins pointes noires rôdent autour, mais sont tout à fait inoffensifs.
Avec des copains en voiliers, on mouillera aussi sur Haapiti au Sud-Ouest de l’île, mouillage bien sympa pour faire du surf, enfin surtout pour une personne de notre fine équipe ! En attendant les progrès, nous sommes pour les autres bien meilleurs en spectateurs…
3. Huahine
Allez, cette fois on sort les mini-vélos, et on se fait le tour de l’île par la route de ceinture qui se faufile entre vallées, crêtes et lagons. Deux grands sur des petits vélos, on ne passe pas inaperçu… Huahine est formée de deux îles rejointes par un pont. Faré, pourtant centre principal de l’île, garde une ambiance « village ». La vie locale y et animée. L’un des attraits de l’île réside dans l’abondance de sites archéologiques et tout particulièrement de marae, plateformes de pierres où les polynésiens y célébraient le culte des dieux. Plus qu’un temple, le marae était le siège de toutes les décisions.
Après Faré, nous mouillons à Haapu, devant l’hôtel Tetiare, un très bel hôtel de Huahine Iti, avec bungalows sur pilotis et assistons à un spectacle de danses tahitiennes tout en mangeant un panel de spécialités locales. Sur la côte est, une ferme perlière sur un motu offre la visite gratuite en expliquant les différentes étapes de la production de la perle, l’huître, le nucléus, la greffe, la nacre, et enfin la perle, un travail de plusieurs années.
4. Raiatea

Comme souvent en Polynésie, les mythes et légendes de l’île sont liés à des histoires d’amour. Raiatea et Tahaa, à l’origine n’auraient formé qu’une seule île, mais la séparation aurait été provoquée par la colère d’un géant, qui frappé par un chagrin d’amour, brisa d’un grand coup de main le sol. Aujourd’hui un immense lagon englobe Raiatea et Tahaa dans une même enceinte naturelle, aux teintes variant du bleu profond au turquoise translucide. Raiatea est la plus grande et plus peuplée des îles-sous-le-vent.
Alors que nous venons de nous mettre à quai à Uturoa, le temps d’un plein d’eau, un inconnu, lunettes et barbe blanche, s’approche sur le quai : « C’est bizarre, mais j’ai l’impression de connaître votre bateau. Il n’a pas été construit en Bretagne à la fin des années 70 par un couple s’appelant Jean-Yves et Marie-No ? » - « Bien sûr que si ! Monte à bord. Raconte-nous ! » Le monde est petit… En fait, Claude faisait partie de la bande des « Joyeux bétonneurs », six copains qui s’étaient regroupés pour fabriquer chacun leur voilier en ferro-ciment. Claude est parti enseigner à l’étranger. A ce moment-là, internet n’existait pas, Jean-Yves et Claude se sont perdus de vue, et trente ans plus tard Mandragore recréé le lien ! Cela nous est déjà arrivé plusieurs fois, au Cap Vert, au Brésil, aux Antilles que l’on reconnaisse Mandragore. On nous a même rapporté un jour des photos de Mandragore prises dans les années 80 !
5. Tahaa
L’impression de tranquillité et d’autarcie qui règne à Tahaa, est accentuée par l’absence d’aérodrome qui rend Tahaa dépendante des liaisons maritimes avec sa sœur hégémonique, Raiatea. Cette île a beaucoup de charmes, montagnes verdoyantes, routes sinueuses, baies profondes… Mais s’il fallait pour nous ne retenir qu’une chose à Tahaa, ce serait notre mouillage au motu Tautau, à l’ouest de l’île, près de l’hôtel de luxe, le Relais Château… et le splendide jardin de corail… On en prend plein la vue sur l’eau comme sous l’eau. Des poissons multicolores par milliers dans à peine un mètre d’eau. Superbe… !
6. Bora Bora
Le lagon vaut à lui seul le détour ! Avec sa palette de nuances, du turquoise pâle à l’outremer intense, l’île mérite largement son surnom de « perle du Pacifique ». Revers de la médaille : 90% de ses habitations, (j’exagère peut-être un peu) sont des hôtels, mais chose appréciable, ils ne défigurent pas trop le paysage (enfin, à mon goût). Quasiment tous sont composés de bungalows sur pilotis. En revanche, si on s’intéresse aux prix, ils font tout de suite moins envie. On apprécie d’autant plus d’être dans ces îles à bord de notre propre voilier, où l’hébergement ne nous coûte rien. Voyager en Polynésie, oui, c’est superbe. Oui, la destination en vaut la peine. Seul point bien regrettable, si on n’a pas l’opportunité d’habiter et bouger d’île en île en bateau, il faut mettre beaucoup d’économies de côte pour se loger, se nourrir et pouvoir faire quelque chose sur place. Quatre nationalités se dégagent principalement dans ce flot de touristes : américains, français, italiens et japonais. La ville principale de Bora, Vaitape n’a rien d’extraordinaire. Son centre-ville est même très décevant, une grande place froide, que traverse la route principale, quelques boutiques de souvenirs et bijouteries. Constat très surprenant pour l’île la plus visitée du territoire polynésien. En revanche depuis le centre, juste à côté de la boutique « 3 Tiki », où travaillent Hinano et Philippe (allez les voir de notre part), un chemin mène jusqu’au sommet du Mont Pahia (661m). Ok, c’est parfois un peu abrupt, mais l’effort en vaut vraiment la peine. Pour peu que le ciel soit bien dégagé, la vue à 360° est superbe ! On surplombe les belles plages de sable blanc et les nombreux motus. En parlant de motu, Fred, un masseur s’est installé sur le motu de Teva Victor, le fils de Paul-Emile, le célèbre explorateur. Fred y a trouvé un cadre d’exception pour pratiquer son activité de soins et messages, un havre de paix, un lieu qui lui correspond bien.
Sur Bora, on retrouve Franck, Sylvie, Raitea et Agnès. En dehors de son boulot de kiné, Franck s’entraîne régulièrement au lancer de javelot au cocotier ! On l’accompagne à une séance d’entrainement. Pas facile de viser la coco fixée à 8 mètres de hauteur avec un bout de bois taillé ! Même pas réussi une fois ! alors que le champion du groupe en met une douzaine en une heure !
Nous n’irons pas à Maupiti pour cette fois, l’île voisine de Bora, paraît-il le Bora d’il y a 50 ans, sans les hôtels. Y accéder en voilier nécessite de bonnes conditions de mer. La houle rend la passe très difficile et on peut y rester coincer un moment. Ce sera donc pour une prochaine fois !
Niveau pêche… félicitations à notre leurre qu’on a surnommé « Champion ». Il ne paie pas de mine, l’hameçon est rouillé, et pourtant il pêche ! et de belles pièces comme du thon rouge de 10 à 15 kgs ou des daurades de plus d’1 mètre. Pour ne pas faire souffrir le poisson une fois remonté sur le pont, on nous a donné une astuce super efficace, lui mettre un peu de rhum dans les ouïes, c’est radical, ça l’endort tout de suite.