Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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Je ne sais si je parviendrai à envoyer mon mail avant notre prochaine arrivée à terre. Le service Sailmail, censé nous permettre d’envoyer et recevoir des mails via la BLU, ne fonctionne à nouveau plus… Ce n’est pourtant pas faute de faire des essais plusieurs fois dans une même journée… Nous avons cru le problème résolu par enchantement lors de notre arrêt à Cascais (près de Lisbonne), puisque « Madame BLU » a finalement daigné répondre présente par deux fois en douze heures, et puis c’est tout ! Ce n’est pas beaucoup sur une semaine complète. Je ne comprends pas, on nous dit que c’est normal, ça peut arriver, cela peut venir des zones ou des horaires, enfin quand même, nous espérons vivement que cela marchera mieux très rapidement. Heureusement que nous pouvons recevoir la météo marine par zone à l’oral sur RFI, puisque bien entendu pas de service Sailmail signifie aussi pas de réception des fichiers météo comme nous l’avions prévu en préparant notre voyage.

 

Depuis notre dernière mise à jour du blog, reprenons le carnet de bord…

Finalement, suite au remorquage de « Loco », le voilier des français de Vannes, nous sommes restés deux jours de plus à la Corogne. L’équipage de « Loco » rejoindra la France quelques jours plus tard, son propriétaire François reviendra dans un mois terminer la remontée du bateau jusqu’à Vannes, son port d’attache. Nous faisons également la connaissance de quatre compères Franck, René, Christian et Michel. Ils réparent les toilettes de bord de leur voilier (c’est une réparation fréquente en mer !!) avant de descendre comme nous sur Madère, puis les Canaries.

Mardi 9 octobre, nous larguons les amarres du port de la Corogne en milieu de matinée, direction Lisbonne. Comme pour la descente du Golfe de Gascogne, trois jours et trois nuits de navigation nous attendent. De quatre personnes, nous ne serons cette fois plus que deux à se relayer pour assurer les quarts de nuit. Nos heures de sommeil seront certes plus limitées, mais ces quarts nous laissent le temps d’apprécier des instants privilégiés avec cet élément puissant et fascinant qu’est la Mer… Moments magiques, plaisirs simples et pourtant intenses. C’est par exemple le plaisir chaque nuit renouvelé de lire le ciel étoilé, y reconnaître ici le pied d’Hercule posé sur la constellation du Dragon, en continuant plus à droite le long cou du Cygne, puis les ailes déployées de l’Aigle… J’ai d’ailleurs entrepris une partie de mes quarts de nuit à écrire, à l’aide de mon guide sur les étoiles et de mes observations, ma propre visite guidée du ciel, comment les retrouver dans le ciel, pourquoi portent-elles ce nom, à quoi font-elles référence dans la mythologie grecque. Vaste programme, mais fort intéressant. Au cours de ces nuits de quarts, nous avons également eu, et ce à plusieurs reprises, l’agréable visite d’un groupe d’une dizaine de dauphins jouant et sautant autour du bateau pendant plusieurs heures ! Il est bien évidemment difficile de décrire un tel spectacle. Mais fermez les yeux un instant… Ecoutez le bruit de la houle qui se fend dans l’étrave, le vent saisit vos oreilles, il fait pourtant pratiquement nuit noire, la lune en est à son dernier quart, et vos yeux sont hypnotisés par ces lumières fluorescentes à la surface de l’eau, le plancton y est dense, puis tout à coup un premier dauphin, puis deux, puis trois, leurs allées et venues s’enchaînent, leurs formes sont bien distinctes, ils sont tout près de la coque, tout près du cockpit, comme s’ils venaient nous offrir le privilège d’admirer leur prestation aux premières loges ! On pourrait penser dommage que ce spectacle soit de nuit, nous pourrions mieux les voir de jour, les filmer, les photographier. Non, qu’importe, non seulement nous aurons sûrement l’occasion d’en rencontrer d’autres de jour sur une prochaine navigation, et ce spectacle nocturne offre à la mémoire un souvenir inégalable.

Depuis notre départ, on ne peut pas dire qu’on ne mange pas bien à bord, nous n’avons pas ouvert une seule boîte de conserve. Avec un peu de temps, la cuisine en mer offre finalement plein de possibilités. Belles conditions de navigation, pour une distance de 380 miles, nous ferons une moyenne de près de 6 nœuds sans avoir besoin une seule fois du moteur ! avec des pointes jusqu’à 8 nœuds et demi !

Cette descente vers Lisbonne fut pour ma part également l’occasion d’une bonne leçon : faire attention à sa place dans le cockpit lorsque nous sommes en vent arrière ! Se prendre la baume ou le palan de grand-voile en pleine tête pendant un empannage intempestif peut faire très mal. C’est en effet ce qui m’est arrivé… Laurent m’avait pourtant prévenu… et puis… voilà, juste le temps de prendre une photo, je n’y pense plus, et vlan… Heureusement rien de grave, plus de peur que de mal, mes lunettes ont valsé, mais ont pu être récupérées à temps. Je m’en tire avec quelques bleus, et l’assurance de faire plus attention la prochaine fois.

 

Nous décidons de faire une pause d’une nuit au port de Figueira Da Foz. Cette escale nous rallonge à peine et nous offre le temps de se faire une bonne sieste, une douche, une ballade dans le centre-ville et une bonne nuit de sommeil. Pas grand-chose à Figueira le soir, les rues sont peu animées, mais on se souviendra de ce fameux magasin chinois, telle une caverne d’Ali Baba, où rien est classé dans les rayons, on y trouve quelques petites trouvailles parmi plein de choses qui ne servent à rien…

 

Lorsque nous repartons le lendemain matin, nous ne sommes plus qu’à 24h de navigation de Lisbonne. Bonnes conditions météo pour cette dernière journée et nuit en mer avant notre arrivée à Cascais, dans la banlieue ouest de Lisbonne. Nous n’avons besoin ni d’eau, ni d’électricité, nous préférons donc nous arrêter dans ce mouillage d’où Lisbonne est facile d’accès par le train, plutôt que de remonter le Tage et payer une place chère au port. Le mouillage est bien abrité et la vue sur la côte est superbe. En revanche, le centre-ville est un peu décevant, certes mignon avec ses petites rues aux pavés joliment disposés, mais on y sent une banlieue neuve et surtout très touristique.

 

Dimanche 14, nous passons la journée à nous balader dans les différents quartiers de Lisbonne, le centre et ses rues commerçantes, le Castelo médiéval de Sao Jorge, le quartier de Bairro Alto, le Musée Maritme, la Tour de Belem... Située à l’embouchure du Tage, la capitale portugaise, qui compte aujourd’hui plus de deux millions d’habitants, s’est principalement construite sur sept collines, ce qui explique ses nombreuses rues qui montent et descendent ! La pente de certaines est si raide, que les trottoirs prennent la forme d’escaliers, les voitures ne peuvent y circuler, seul le tram y a sa ligne. Les rues du centre en bordure du Tage sont toutes rectilignes, et parallèles. Détruite par une gigantesque inondation au XVIIIème siècle, ses habitants ont ainsi reconstruit la ville suite pour que ce type de drame ne se reproduise plus. Comme à chaque fois que nous entendons quelqu’un jouer de l’accordéon, nous nous arrêtons… La manière dont ce jeune garçon demande l’offrande aux passants est amusante, ou disons plutôt commerciale ! Il ne se contente pas de poser une petite boîte pour recevoir la monnaie. Son chien de la taille d’une brique de lait se charge de porter le panier et attend les clients, mais à chaque fois qu’on y glisse une pièce, trop petit peut-être ou plutôt surpris, il laisse tomber le panier ! Le midi, nous flânons dans le quartier de Bairro Alto, censé être le quartier branché de la ville, mais à l’heure où nous passons, nous y découvrons davantage de petites rues paisibles aux murs colorés. A la nuit tombée les établissements qui les bordent se transforment en discothèques et restos peuplés d'une faune animée jusqu’au petit matin, parait-il ! Nous nous arrêtons dans ce quartier manger dans un petit resto, assez étonnant… Tenu par deux messieurs visiblement en âge d’être à la retraite, on a plus l’impression de les déranger lorsqu’ils nous avouent que le resto est bien ouvert. Mais surtout, leur déco, des portraits de Madone, des tableaux sombres, des oiseaux empaillés… Pour un restaurant, c’est un choix assez bizarre, n’est-ce pas ! Nous poursuivons par la visite du Musée maritime, connu pour être l’un des plus complets au Monde. Ses maquettes y sont en effet superbes, mais nous nous attendions à y apprendre plus de choses. En revanche, nous vous recommandons vivement le planétarium juste à côté si vous avez la chance de tomber au moment de la présentation des découvertes du satellite Hubble. Planètes, étoiles, c’est étonnant tout ce que ce satellite a permis à la science de découvrir depuis sa mise sur orbite en 1998 ! Par contre de l’autre côté de la rue, la vidéo présentant Lisbonne est vraiment éviter. A part le chouette panorama sur tout Lisbonne depuis ce bâtiment, ce film est purement et simplement un film de propagande ! Nous achevons notre escapade par la fameuse Tour de Belem, classée aujourd’hui Patrimoine mondial de l’UNESCO. Autrefois un faubourg et un avant-port, les caravelles aux temps des grandes découvertes coloniales du XV et XVIème siècle partaient principalement de ce quartier. Nous rentrons à Cascais, où est mouillé notre bateau, bien fatigués, mais surtout ravis de tout ce que nous avons pu découvrir aujourd’hui !

Nous consacrerons la journée du lendemain à se promener un peu dans Cascais, préparer le bateau, et compléter l’avitaillement en fruits et légumes frais, avant de reprendre la mer pour 4 jours et 4 nuits de navigation, direction l’archipel de Madère...

 

Nous sommes depuis 4 jours sur l’île de Porto Santo, l’île le plus au nord de l’archipel de Madère. Je n’ai malheureusement pas le temps d’écrire la suite du carnet de bord, et celui-ci est déjà bien long !! Il vaudrait mieux écrire moins et plus souvent, mais malheureusement tant que la BLU ne veut pas fonctionner, nous dépendons des connexions internet sur notre parcours. Dans le prochain épisode, nous vous relaterons aussi notre navigation entre Lisbonne et l’île de Porto Santo, nos bonheurs et nos ennuis, notamment la panne du pilote automatique… Nous étions déjà en panne de régulateur dans le Golfe de Gascogne, nous voilà donc contraints à barrer 24 heures sur 24 ! Enfin, ce n’est pas si grave, on se porte bien, c’est le principal, et nous espérons pouvoir réparer le pilote sur l’île principale de Madère à Funchal, au pire ce sera aux Canaries. Nous y attendons aussi le nouveau safran du régulateur d’allure. A bientôt !