Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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22 : Guyane français
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12 - Canaries (Tenerife,
11 - Canaries (Graciosa,
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9 - Portugal
8 - Trans-Gascogne
7 - Royan
6 -Les Sables,La Rochelle
2-3-4-5 - Noirmoutier
1 - Folleux (Morbihan)
 

Les nouvelles que je m’apprête à vous raconter sont difficiles à écrire… Nous aurions bien aimé nous abstenir de ce type de récit… et pourtant… et pourtant cela nous est bel et bien arrivé… mais à présent que nous avons quelques journées de recul derrière nous, nous pouvons relativiser et prendre conscience que nous avons eu beaucoup de chance dans notre malchance. Nos vies et le bateau sont saufs, c’est l’essentiel. Trop d’images défilent encore dans nos têtes… Cette eau qui monte si vite dans le bateau, Laurent cherchant d’où pouvait venir cette énorme voie d’eau pendant que je lance un appel de détresse sur le canal 16 de la VHF, réaliser que nous sommes en train de… « couler », je n’aime pas prononcer ce terme et pourtant, et pourtant… Vite, vite, tout cela est passé si vite. Mais que s’est-il réellement passé ?

Nous avions quitté Royan le matin en vue de traverser le Golfe de Gascogne, direction la Corogne en Espagne, puis Porto au Portugal où deux amis devaient nous rejoindre. 350 miles (soit 650 kms pour les néophytes) nous séparaient de la côte espagnole. Nous avancions tranquillement à la voile soutenus par le moteur en raison de la faiblesse du vent depuis quelques heures. Un début de traversée paisible en attendant que les vents se lèvent davantage. Puis tout s’est enchainé. 13h, l’alarme du moteur s’enclenche anormalement, nous avons juste le temps de l’éteindre précipitamment. Nous nous rendons compte que le compartiment moteur et les fonds sont déjà plein d’eau, le niveau continue de monter à une vitesse folle. D’où vient cette énorme voie d’eau ? La vanne des toilettes ? La prise d’eau de mer ? Non. Laurent plonge le bras dans le compartiment moteur, je ne vois dépasser que péniblement sa tête – je garderai toujours cette image -, puis il me crie « Lenou, j’ai trouvé la fuite ! j’ai trouvé la fuite. Vite, une pinoche, un chiffon, vite, vite, dans l’équipet 9 !! ». En moins de dix minutes, nous avons de l’eau jusqu’aux genoux. Les secours arrivent. Nous avons beaucoup de chance, une patrouille des affaires maritimes naviguait non loin de nous lorsque nous avons lancé notre appel. Equipés d’une motopompe, ils nous aident à pomper les 4000 litres d’eau qui se sont accumulés dans le bateau. Grâce à leur aide, le principal des fonds est vidé en ¾ d’heure, ce que nous aurions faits seuls en… ne comptons pas le nombre d’heures, nous nous ferions peur. L’entrée d’eau fut provoquée par la perte inexpliquée et inattendue de l’hélice du moteur et de son arbre, provoquant un trou de 4 cm de diamètre, permettant à l’eau de s’engouffrer à grande pression, telle une lance à incendie. Comment l’arbre d’hélice a-t-il pu se détacher du moteur ? Nous avons buté nulle part, le moteur a toujours bien fonctionné, et nous l’avons fait réviser avant notre départ ! Nous espérons trouver bientôt l’explication. La patrouille des Affaires Maritimes revient nous voir. Ils nous proposent de plonger afin de poser une pinoche depuis l’extérieur et stopper plus sûrement la fuite. Un si grand Merci à eux cinq, Philippe, Raymond, Damien, Pascal et Philippe. Le bateau est à présent parfaitement étanche, mais nous ne pouvons plus poursuivre notre voyage. La SNSM nous propose de remorquer le bateau jusqu’au port le plus proche à cinq heures de là environ, mais le coût de l’affrètement à l’heure est exorbitant !! Nous préférons rentrer seuls à la voile jusqu’à Noirmoutier. Nous serons plus à l’aise pour sortir le bateau, réparer les dégâts, et réviser entièrement le bateau.

Nous nous relayons régulièrement à la barre. Quatre-vingt dix miles nous séparent de Noirmoutier à vol d’oiseau. Les vents nous contraignent à tirer des bords quasiment sur tout notre parcours. Après deux-cent miles de navigation et 48 heures plus tard, nous atteignons sans encombre le mouillage du Bois de la Chaise que nous avions quitté le 6 juillet dernier… Ouf ! nous sommes arrivés. Quand repartirons-nous ? Nous n’en sommes pas là. Nous allons d’abord prendre le temps de nous poser, réparer, affiner nos préparatifs, tirer les leçons de cette mésaventure, et repartir lorsque le bateau et nous-mêmes seront prêts.