Le voyage de Mandragore autour du Monde...

Accueil     Carnets de bord 1 à 31     Carnets de bord 32 à ...     L'Ecole Rose des Dunes     La classe du CHU Le Mans     Photos et Vidéos     Livre d'or     Liens et sites amis     Nous contacter      
32 - Panama (carénage)
33 - Transpacifique
34 - Marquises Fatu Hiva
35 - Marquises suite
36 - Marquises Ua Pou
37 - Tuamotus
38 - Tahiti et ses îles
39 - Tahiti Moorea
40 - Tetiaroa
41 - Tahiti Moorea suite

Chapitre 34 : 20 mai – 02 juin 2009 : Fatu Hiva, première escale aux îles Marquises

 

I - PHOTOS COMMENTEES (écrit par Laurent)

 

1. La Baie des Vierges de Fatu Hiva, le soir de notre arrivée, la récompense après 23 jours en mer...

2 à 6. Fatu Hiva s’élève à près de 1000m au dessus des flots, 5000m au dessus des fonds marins. Des Pyrénées au bord de la mer, que nous avons aperçus 40 nautiques au large ! Comme si on distinguait Noirmoutier depuis les côtes de Belle Ile.

7. Hannavave, le village de 300 habitants au fond de la vallée



1. Une petite ballade d’une heure permet de plonger dans la fraicheur de cette cascade, qui devient très violente quand il pleut.

2. La première chose qui frappe en arrivant en Polynésie, c’est la propreté des lieux. Tout est très entretenu, les rues sont balayées, l’herbe coupée, les feuilles ramassées, les arbres taillés. Le village se fait jardin botanique.

3. Mandragore au mouillage grandiose de la baie des Vierges, près de village de Hanavave. Quand l’alizé de Sud Est souffle fort, le vent s’engouffre dans les montagnes et descend en rafales de 30 à 50 nœuds. Le bateau tire des bords sur sa chaine, certains se sont réveillés au large la nuit, ancre pendante dans 200m d’eau !



1. La famille Matuuni avec qui nous lions amitié.

2. Judikaël, le petit dernier et sa maman Erena

3. Une des nombreuses soirées « bringue » chez la famille Matuunui. Ici quand on nous présente une assiette de 4 steaks de bœuf chacun, ce ne sont en fait que les « amuse-gueules », le vrai repas arrivera plus tard ! Gargantuesque, encore de la viande ! + du riz, ou des pâtes, des frites, des pommes de terre, mais jamais d’haricots verts à la vapeur ! ça ne nourrit pas son homme ! De l’eau ? ça n’a pas de goût ! mais des caisses de bière pour les jours de fête et des litrons de « rougekiitache » pour le quotidien. Il faut savoir que le marquisien ne boit pas beaucoup, hormis les weekends, et les soirs de semaine !

 


Norbert nous emmène sur la trace des cochons sauvages et des biquettes qu’il a l’habitude de chasser. Nous rejoignons à pied l’autre coté de l’île en passant par les crètes, 12 heures d’une marche assez raide. Nuit en bivouac dans la cabane des chasseurs, sur un matelas en palmes de cocotiers. On entretient le feu toute la nuit pour éloigner les moustiques.

 

1. Retour de chasse au poulpe avec les harpons. Faut juste pas penser aux requins marteaux ! Une habitude a prendre sans doute…

2.3. Jonathan part à la chasse en pirogue avec ses huit chiens, sans carabine (il faut avoir un permis…). Cette fois, le cochon sera le plus fort et bouffera le chien !

4. Ramassage de noix de coco pour en faire du copra, partie blanche à l’intérieur qu’ils font sécher. Le copra servira à faire de l’huile, du savon… transformé par une entreprise de Tahiti.

5. Norbert, Susanne et Antonio découvrent à bord les joies du ti-punch ! Le temps peu clément ce jour-là nous contraints à annuler la sortie à la voile prévue avec eux. Norbert dort à bord, première nuit sur un voilier.


 


1. Petite sirène marquisienne.

2.3. Premier groupe d’enfants à bord, puis deux, puis trois… ! Jeux, dessins, quizz...



Hélène s’amuse à faire de la macro !

  


         II - CARNET DE BORD (écrit par Hélène)


            1. Premières impressions…

 

20 mai, au matin. Alors qu’on commence à apercevoir les montagnes de Fatu Hiva au loin, un trio de dauphins vient jouer autour du bateau ! Beau cadeau pour notre arrivée ! Ils sont plus gros que ceux croisés aux Antilles ! Chaque heure passant, la côte se fait plus précise. Nous atteignons la Baie des Vierges deux heures avant le coucher de soleil. La vue est grandiose, de belles chaînes montagneuses verdoyantes au beau milieu de l’océan... On aperçoit des cocotiers, bananiers… Le soleil couchant répand des reflets orangés sur toute la vallée. Après notre traversée, où l’horizon n’était chaque jour qu’eau à perte de vue, le spectacle en est presque magique ! On s’enfonce peu à peu dans la baie. De grands pics s’élèvent sur notre bâbord. Voilà ceux qui lui valent son fameux nom de « Baie des Vierges ». Pour la petite anecdote historique, cette baie s’appelait jusqu’au XVIIIème siècle, la « la Baie des Verges », nom donné par les premiers explorateurs européens. Mais rapidement les missionnaires qui ont suivi ont préféré ajouter un « i » plus catholique (!) prétendant que ces rochers surplombant la vallée rappellent plutôt de jeunes femmes attendant l’arrivée des marins… Nous mouillons par 15 mètres de fond près des trois vierges. Pour faire durer le plaisir, on ne descend pas à terre ce soir, on profite du paysage, d’une baignade autour du bateau, on ne se rendra au village que demain.

 

La Polynésie Française est composée de 130 îles réparties en cinq archipels : les îles de la Société, les Marquises, les Tuamotus, les Gambiers et les Australes, ainsi que l’atoll de Clipperton au large du Mexique.

Parmi les six îles habitées qui composent l’archipel (Hiva Oa, Ua Pou, Ua Huka, Nuku Hiva et Tahuata), Fatu Hiva est l’île la plus au sud des Marquises. Elle compte deux villages de 300 habitants, Hannavave et Omoa, la bourgade prinicpale. Une piste dans la montagne permet de les relier, soit quatre heures de marche, ou une à deux heures de voiture, ou encore vingt minutes en pirogue.

 

2. Rencontre de la famille Matuuni :

 

            En revenant d’une balade, on traverse les quelques rues du village, une famille nous interpelle, « Arrêtez-vous, bienvenue chez nous ! Nous sommes en train de fêter la victoire de notre équipe au foot ! Buvez un verre avec nous ! ». Cet après-midi, l’équipe d’Hannavave jouait contre l’équipe de l’autre vallée Omoa. Hannavave ayant gagné, ils affronteront dans quelques semaines les équipes des autres îles. La gagnante représentera ensuite les Marquises à la finale sur Tahiti en septembre prochain.

Sur deux semaines d’escale, nous passerons une grande partie de nos journées et repas avec la famille Matuunui. Guitare, chants, danses, apéros, repas… s’enchaînent. On apprend chaque jour un peu plus à se connaître, on rigole bien ! C’est nous disent-ils la première fois que nous pouvons partager autant de temps avec des voiliers. D’habitude ils ne restent que quelques jours. Plusieurs raisons l’expliquent, les formalités à faire sur Hiva Oa ou Nuku Hiva (Fatu Hiva n’est pas un port d’entrée), les vents parfois très forts dans la baie, et le besoin de trouver des magasins pour se ravitailler. Pour notre part, il nous reste encore pas mal de choses de notre avitaillement à Panama, à part des fruits et légumes frais. Ici les pamplemousses, oranges, citrons sont à profusion, offerts par les habitants ou échangés contre des choses du bateau. Et puis, après cette traversée, on avait envie de prendre notre temps, surtout qu’on avait lu et entendu tant de jolies choses sur cette île.

Susanne et Antonio Matuunui, ont huit enfants, de 35 ans pour l’aînée à 7 ans pour le petit dernier : Ludmilla, Marie-Hélène, Médéric, Jacques, Norbert, Priscille, Jordy et Antoine. Maryvonne, très proche de sa sœur Susanne, est également souvent avec nous. Parmi eux, Priscille préfère que nous l’appelions de son prénom marquisien « Poerava ». Chaque enfant possède deux prénoms qu’il utilise tous deux quotidiennement, le prénom français à l’école et le prénom marquisien à la maison et avec les copains. Mais les deux s’emploient assez facilement. De même pour la langue. Le français s’utilise principalement à l’école et pour les papiers officiels, le marquisien en famille, entre amis, à la messe… mais on remarque bien souvent que les deux se mélangent. Pouvoir parler français nous permet d’approfondir plus vite les relations, mais on en profite pour apprendre avec la famille chaque jour quelques mots de plus en marquisien. Pas évident ! mais bien amusant ! Kaoha ! (bonjour !) E aha oa to oe ha katu ?  (Comment ça va ?) Memita nui ! (très bien !)

La vie s’organise autour des différents travaux quotidiens. La chasse des cochons et des chèvres sauvages dans la montagne, la pêche au harpon ou à la ligne (poissons, poulpes, langoustes…) assurent la nourriture de base. A cela, comme beaucoup d’autres hommes du village, les Matuunui vendent du copra (de la noix de coco qu’ils vont chercher de leurs cocotiers, puis casser avant de faire sécher la partie blanche quelques jours). Chaque mois, l’Aranui (le bateau qui ravitaille les différentes iles une fois par mois) récupère les sacs pleins et les achemine sur Tahiti. Une entreprise se sert alors de ce copra pour la fabrication de différents produits, le savon, le monoï, certains médicaments… Ce produit, bien subventionné par l’Etat français, est une ressource financière essentielle pour les familles de l’île.

Nous partons avec Norbert marcher deux jours dans la montagne. Il nous emmène jusqu’Ouia, une petite plage où l’on peut dormir près de rochers. Avant, quelques familles y avaient construit des cabanes, ils y habitaient à l’année vivant quasiment uniquement des ressources de la Nature. Aujourd’hui Ouia sert seulement de refuge aux chasseurs qui partent plusieurs jours ou plusieurs mois parfois. Nous empruntons ce qu’ils appellent « le chemin des cochons », traces empruntées par les cochons sauvages, qu’ils utilisent lorsqu’ils partent à leur recherche. La végétation est luxuriante, les passages parfois bien étroits, abrupts, et glissants. L’un deux est d’ailleurs surnommé « le chemin de l’Enfer ». Il faut faire attention où l’on met le pied… Le soir, on se repose autour d’un feu près de la plage, après un bon bain dans la rivière toute proche. Pour dormir, des feuilles de palmiers fraichement coupées nous servent de matelas. C’est plus douillet que je ne pensais ! A part une ou deux souris qui sont venues nous déranger pendant notre sommeil et une petite averse pendant la nuit, on a bien dormi. On revient les jambes et les bras griffés par la forêt vierge, mais ravis de ces douze heures de marche qui nous ont permis de bien découvrir et s’imprégner de l’intérieur de l’île. Et dire qu’ils font ce même trajet portant en fonction des prises des sacs de 50 à 100 kilos de cochons ou chèvres sur le dos ! A la chasse, ils emmènent toujours leurs chiens, mais pas toujours la carabine ! pour des soucis de permis de chasse. Ce sont les chiens qui attaquent le cochon et l’homme qui vient ensuite l’aider avec son couteau ! Mais ce n’est pas forcément le chien ou l’homme qui gagne… Jonathan en a gardé une grosse marque de morsure au mollet, et lors de leur dernière chasse ils ont perdu une de leurs chiennes… Ils n’ont pu la ramener, trop souffrante pour la porter… Lorsqu’ils se blessent, comme Jonathan (encore !) en cassant le copra la veille de notre départ, ils se soignent avec les plantes, le citron pour désinfecter et des feuilles de basilic en pansement pour assécher et cicatriser. C’est en effet bien efficace. Dès le lendemain, la blessure semblait déjà se refermer.

 

            3. Vie dans le village :

 

Le village offre différents services, une école primaire, une poste, une mairie, un dispensaire, une église et un magasin. Un magasin, un seul. Ses villageois l’appellent d’ailleurs « le » magasin, petit local où l’on y trouve les produits de base. Si l’on souhaite quelque chose de moins fréquent, il suffit de le commander à la boutique, et l’Aranui l’apportera à sa prochaine venue. Les artisans locaux profitent aussi du passage de l’Aranui pour vendre leurs sculptures, tapas et autres objets marquisiens aux 150 touristes de passage. Ces touristes effectuent une croisière d’île en île en même temps que le bateau de ravitaillement, mais ils ne restent que la journée, le temps d’une marche entre Omoa et Hannavave, une présentation de danses locales et ils rembarquent sur le bateau. Quant aux habitants, le passage du « ravitailleur » est aussi l’occasion d’acheter d’autres produits qu’ils n’ont pas habituellement, le reste viendra remplir les étalages du « magasin ». A notre surprise, la plupart des œufs arrivent par bateau. Il y a pourtant des poules sur l’île, mais pas de poulailler nous explique-t-on, les poules pondent dans la brousse, alors…

Pour l’école, les enfants effectuent leur primaire à Fatu Hiva. Ensuite, le collège le plus proche est sur une autre île, à Hiva Oa. Internes, ils ne rentrent que pour les vacances. Pour ceux qui poussent les études après la troisième, ils doivent aller sur Tahiti. Après l’école ou les jours de congé, les enfants d’Hannavave se retrouvent, s’amusent sur la plage, nagent près du quai, jouent aux billes, à la toupie… Une quinzaine rejoignent notre bord. Jouer sur le bateau, faire des dessins, des concours à celui qui répondra à mes questions le plus vite leur plait visiblement beaucoup !

La vie sur Hannavave, c’est aussi la traditionnelle messe dominicale, messe dynamique avec de nombreux chants marquisiens, quelques uns français, accompagnés à la guitare, au yukulele, et surtout entonnés à tue-tête par la cinquantaine d’enfants aux premiers rangs.

Le 26 juin prochain aura lieu une grande foire agricole sur Hiva Oa. De nombreux concours seront organisés (lancé de javelot, mais aussi… grimpe aux cocotiers, course des porteurs de fruits, décorticage de coco…). Des concours de danses marquisiennes rassembleront des groupes de tout l’archipel. Norbert est batteur dans un des groupes, composé d’une dizaine de musiciens, et d’une cinquantaine de danseurs, moitié hommes, moitié femmes. On l’accompagne à l’une des répétitions. Quel déhanché ces polynésiennes… Le plus marrant est de voir les petites filles qui imitent toutes jeunes leurs mamans derrière elles.

 

1.       Le mouillage devient venteux…

 

            Le mouillage est superbe, sauf quand le vent souffle fort ! Pendant les trois dernières nuits, le vent devient chaque soir plus fort atteignant par rafales près de 50 nœuds (90 kms/h) d’après l’anémomètre de l’un des voiliers au mouillage. Tous les équipages font quasiment nuit blanche, les lampes torches se croisent sur les ponts, certaines ancres dérapent, des voiliers vont se mettre à la cape toute la nuit au large. Le vent siffle, les drisses claquent, la chaîne se tend… c’est la première fois que nous avons autant de vent depuis notre départ. Norbert, Jack et Jonathan devaient passer nous chercher à 6h du matin pour partir avec eux en pirogue dans une vallée voisine, et casser le copra, mais l’alarme cyclone-tsunami s’est déclenchée dans la nuit. Leur maison étant près de la plage, ils ont préparé leurs affaires au cas où il faille évacuer précipitamment la maison pour se réfugier dans celle de la grand-mère un peu plus haut dans la vallée. Finalement, ce sera une fausse alerte. La nuit suivante sera très calme, le vent est tombé.

 

Nous passons une dernière soirée, cette fois à notre bord, avec Susanne, Antonio et Norbert, puis un petit-déjeuner le lendemain chez eux. Chargés de sacs de pamplemousses, citrons, oranges et bananes… nous levons l’ancre en fin de matinée, cap sur Hiva Oa.

Un bon 15-20 nœuds nous fait atteindre le mouillage d’Atuona en fin d’après-midi. Nous mouillons avec deux ancres, à l’avant et l’arrière, comme tous les bateaux du mouillage. C’est parait-il un mouillage très rouleur et inconfortable. Pour nous, c’est pour l’insant très tranquille. A bientôt !