Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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Chapitre 31 : 07 au 21 février 2009 : Nicaragua
 
Deux semaines passées au Nicaragua : Treks dans les volcans, balades dans les villes coloniales ou dans les régions montagneuses productrices de café... de beaux souvenirs en tête, et de belles rencontres, même si certains nicaraguayens un peu roublards, nous ont parfois noirci le tableau. Mais bon, cela fait aussi partie du voyage !

 

1.    Escale au Costa Rica  

 

Véro, une amie argentine, nous a rejoints depuis quelques jours. Nous montons ensemble en bus jusqu’à San José, capitale du Costa Rica. Véro a prévu d’y revoir des cousins qu’elle n’a pas vus depuis longtemps, Alejandro et Valeria. Belle soirée tous ensemble. Véro reste au Costa Rica. Quant à nous, on reprend un bus pour le Nicaragua demain matin. On passe la nuit dans une auberge de jeunesse, une petite chambre d’environ 2m sur 2m50, juste la place de deux lits superposés et l’espace pour s’y glisser !

 

2.    Léon

 

 

Nous choisissons de monter avec le bus le plus au nord, jusqu’à Leon, et redescendre ensuite tranquillement sur les différentes étapes qui nous intéressent. Nous arrivons à Léon à la tombée de la nuit. Cherchant une  « hospedaje » dans le quartier, nous demandons conseil à un cordonnier fermant sa boutique. Il nous invite à le suivre, c’est sur son chemin. Dans les rues autour du terminal de bus, des enfants sniffent de la colle dans des bouteilles. Notre cordonnier ne supporte pas de voir les enfants « s’abîmer ainsi ». Il attrape l’un d’eux, et jette par-dessus les toits sa bouteille de colle à sniffer.

Leon est une ville coloniale encore très marquée dans son architecture par l’empreinte espagnole. Elle arbore de nombreuses églises, dont la Cathédrale de la Asuncion, la plus grande d'Amérique centrale et la quatrième plus grande d'Amérique latine. Rasée en 1610 par un tremblement de terre, Leon fut reconstruite juste à côté. Elle est aujourd’hui une des principales villes universitaires du pays. On le remarque bien lorsqu’on se promène dans la rue. Les « comedors », restos de rue, bons et pas chers, sont nombreux. Sur la gauche de la cathédrale se trouve une fresque murale peinte durant l’époque révolutionnaire. Alors qu’à Managua elles ont pratiquement toutes disparu lorsque la ville a élu un maire conservateur, à Leon elles ont été préservées. Celle-ci retrace toute l’histoire du Nicaragua, de l’époque précolombienne jusqu’au futur. Plusieurs facettes et faits marquants de son histoire rappellent celle vécue à Cuba, une colonisation espagnole, une dictature, une révolution, un régime communiste… Chaque période est symbolisée par une représentation : les traces de pas des peuples indigènes, une croix et un bâton d’évêque pour la conquête et la christianisation imposée par les européens, Cordoba qui organisa avec succès l’invasion du pays (son nom désigne aujourd’hui la monnaie du pays), l’ombre de Sandino qui lutta pour son pays contre le gouvernement pro-américain. Il fut assassiné d’une balle dans le dos par Samoza, le président en place, alors qu’il quittait la table des négociations. Plus loin sur la fresque, on remarque une paire de lunettes rappelant Carlos Fonseca, le fondateur du FSLN (le Fond Sandiniste de Libération Nationale). Après plus de deux décennies de domination de la dynastie des Samoza, Fonseca et de jeunes intellectuels fondèrent dans les années 1960 un groupe de guérilleros pour s’opposer à la répression dictatoriale du pouvoir en place. Le trône vide tâché de sang symbolise la lente chute des Samoza au prix de la vie de beaucoup d’hommes.

 

 

 

Au pied de Léon, un volcan encore actif le Telica. Craignant d’arriver trop tard au sommet, on passe la nuit sous la tente en cours de route. Le chemin n’est pas indiqué, il faut normalement un guide, mais en observant l’herbe la plus fraichement foulée et les traces de chaussures de rando sur les sentiers de terre, on finit par bien se débrouiller. Le volcan Telica est impressionnant, telle une grosse marmite, dont on ne peut observer que la fumée et la bonne odeur soufrée. A l’aller, comme au retour, nous ne croisons aucun touriste, que quelques fermiers, vaches et chevaux.

 

 

            De retour à Léon, on reprend un bus jusque Penoloya. Pendant le trajet, nous faisons la connaissance de Thibaut et Clément, deux étudiants français à l’ESA d’Angers. Le feeling passe bien, nous dînons et dormons chez eux, une maison qu’ils louent pour un petit prix juste devant la plage.

 

3.    Matagalpa

 

 

On bouge vers le centre du pays, dans la fameuse « Sierra Negra » et ses plantations de café. Le bus est pourtant complet, mais des personnes montent encore à chaque arrêt, plein de gens attendent debout. A la sortie du bus, nous faisons la connaissance de Jean-Claude, jeune retraité québécois à la retraite, en baroude pour trois mois en Amérique centrale. Ce soir, une grande fête est organisée dans la rue principale pour fêter le début de la saison. De nombreuses animations et concerts sont organisés dans les rues pour fêter l’anniversaire de la ville. Notre hôtel est situé juste devant un des concerts. A une heure du matin, les amplis et lumières s’éteignent, le calme revient. A notre réveil, les rues sont déjà toutes nettoyées des excès de la veille !

 

4.    Managua

 

 

On pensait que Managua serait la ville la moins intéressante, comme le décrivent les guides. Finalement, on y gardera de très bons souvenirs, grâce au si chaleureux accueil d’irene et Transito, les futurs beaux-parents d’Anais, une amie de DESS qui se marie dans un mois avec Fédérico. Nous passons la journée à discuter, échanger, partager sur le pays, la situation politique, économique et sociale… Tous deux d’origine guatémaltèque, ils ont tous deux fui au Nicaragua comme réfugiés politiques. Aujourd’hui Transito poursuit son travail d’économiste. Ils ont monté en parallèle un centre de sports en salle sur leur terrain. Irene et l’un de ses fils y sont profs et gèrent le gymnase. Les cours proposés marchent bien, ils projettent de développer encore l’activité.

Irene nous emmène dans de nombreux sites autour de la ville, le volcan Mombacho, la Laguna de Apoyo, la vue sur le volcan Masaya, le Parque central de Managua, le Malecon… Une journée riche et bien remplie.

 

5.    Granada

 

 

 

Sûrement la plus belle ville coloniale du Nicaragua. De nombreuses églises, des maisons aux façades colorées, avec pour beaucoup de jolies cours intérieures décorées et arborisées. Sur la place centrale, l’imposante Iglesia La Merced de style baroque. Comme la majorité des autres bâtiments de la ville, elle fut détruite par les hommes de William Walker et reconstruite par la suite. Seule la façade est d’origine. Un enfant de sept-huit ans m’interpelle alors que j’attends Laurent sur un banc. C’est pourtant un jour d’école, mais il vend des noix de cajou pour les touristes, comme beaucoup d’autres enfants. Il se pose à côté de moi, on papote un peu avant qu’il ne reprenne sa vente. Très surprenant ce garçon, une taille d’enfant mais un regard d’adulte, suscitant autant de peine que d’admiration. Il m’explique que l’école de toute façon ne sert à rien. Sa famille attend qu’il ramène des sous chaque soir pour manger. Sinon ce qu’il aime, c’est fumer, boire et les filles ! Pendant notre passage, la ville accueille un Festival International de Poésie. Des lectures sont faites sur la place Leones, puis un ballet de danses folkloriques. On mange sur la place du marché du « vigoron », plat « revigorant » en effet, typique du Nicaragua au temps de l’esclavage, de la couenne de porc avec un peu de pommes de terre.

 

6.    L’île d’Ometepe

 

 

 

L’ile d’Ometepe est peut-être notre plus beau coup de cœur pour le pays, en termes de beauté de paysages. Deux cônes jumeaux de deux volcans surplombent l’île, l’un encore en activité le Concepcion, l’autre éteint le Madera. On part au lever du jour grimper le Concepcion. Malheureusement à mi-parcours le ciel devient complètement bouché nous ôtant toute perspective de panorama. On retiendra plutôt notre échange avec un fermier au pied du volcan, emmenant sa charrette au champ, tirée par deux de ses bœufs. Il me pose des questions sur l’activité agricole de mes parents, et nous raconte la sienne.

Pour visiter le reste de l’île, nous voulons louer une mobylette, mais vu l’état des routes et des chemins, il n’y a que des motos en circulation. Ici, pas de permis, pas de casque. L’âge requis pour conduire une moto est lorsque les pieds peuvent toucher les pédales d’une 150 cm3 ! 

 

7.    Retour au bateau

 

19 février, c’est reparti pour quelques dizaines d’heures de bus, Penas Blancas le village frontière entre le Nicaragua et le Costa Rica, puis escale à San José au Costa Rica. Sur le dernier bus du retour jusqu’à Panama, nous rencontrons Julien et Stéphanie, un jeune couple de français terminant leurs études, parti huit mois en Amérique du sud. C’est intéressant d’échanger avec eux, notamment ce qu’ils ont vu sur le trafic de drogue au Guatemala, le pouvoir des plantes au Mexique, ou la lave rouge pendant leurs treks de volcans au Guatemala.

Samedi 21, nous sommes de retour à bord… Rien n'a bougé, Mandragore nous a attendus patiemment.