Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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Chapitre 29 : 12 décembre 2008 – 09 janvier 2009, Cuba

 

 

Cuba... Cuba…

 

Si je vous dis Cuba… quels premiers mots vous viennent à l’esprit ? Salsa, Castro, cigares, Che Gevara, voitures américaines, communisme… Cuba, c’est notamment ça, mais c’est tellement plus… C’est assez délicat de trouver les mots justes pour parler d’un pays si complexe et intéressant. Nous n’allons pas « vous raconter Cuba », mais vous faire partager ce que nous avons ressenti et appris au fil de ces dernières semaines, au fil de nos rencontres et discussions. Un pays qui se révèle aujourd’hui une des plus belles escales de notre année de voyage.

 

Santiago de Cuba

 

 

 

En arrivant sur Santiago de Cuba, nous craignions que les formalités d’entrée ne soient difficiles. Nous avions lu sur des récits de voyage prévenant qu’il fallait obtenir son visa à l’avance, que les autorités cubaines étaient pointilleuses. Finalement, tout s’est bien passé, même mieux que prévu. Nous arrivons d’Haïti après une quarantaine d’heures de navigation. A quelques miles de la marina Punta Gorda, nous entrons en contact avec la capitainerie sur le canal 16, qui nous dit de venir à quai. Se succèdent à bord une bonne dizaine de personnes, le capitaine du port, les douanes, l’immigration, les services anti-drogues et leurs chiens, les services sanitaires, vétérinaires… tous très chaleureux. L’une d’elles nous a même donné de l’argent pour prendre le bus qui nous permettra de nous rendre le lendemain en ville ! Seul point noir, toutes ces formalités cumulées pour entrer dans le pays, visas, permis de navigation, et autres taxes obligatoires, atteignent près de cent euros pour nous deux… plus chères que nos étapes antérieures. La capitainerie nous délivre un permis de navigation que nous devrons montrer et faire tamponner par les douanes à chaque escale. Nous ancrons une dizaine de mètres plus loin. Repos, avant d’aller chercher un nouvel équipier à bord… Quentin, un ami de Laurent, arrive demain pour une quinzaine de jours.

Santiago de Cuba, premier contact avec une ville cubaine, premières bonnes impressions, musique dans les rues, mais aussi premiers étonnements, très peu de magasins, qui plus est souvent peu achalandés, même en plein centre-ville, des files d’attente interminables pour un magasin de vêtements ou une cafétéria, aucune publicité (ça fait du bien), seules quelques affiches en l’honneur de Fidel, ou annonçant le 50ème anniversaire de la Révolution cubaine. Les festivités auront lieu dans quelques jours, le 1er janvier, grand événement en perspective…

 

Un avant et après Révolution, un avant et après Embargo

 

 

Pour mieux comprendre Cuba aujourd’hui, quelques rappels historiques... En gros, deux dates importantes, avant et après 1958 (date de la Révolution), avant et après 1990 (date de l’embargo américain).

            Après une colonisation espagnole de quatre siècles, Cuba obtint son indépendance en 1902. Une grosse partie de sa production de sucre se vendait alors aux Etats-Unis. Les compagnies américaines détenaient aussi une bonne partie des terres et des ressources minérales. Dans les années 20, une mafia américaine, parmi eux le fameux Al Capone, commença à s’installer à la Havane et y développa un tourisme lucratif du sexe, des casinos... Rapidement la Havane devint une plaque tournante de la prostitution, de l’alcool, de la drogue. S’ajoutent à cela la crise de 29 et ses conséquences économiques. Le pays traverse une période noire, présidents corrompus, terreur ambiante. Fidel Castro, alors avocat, aidé de son frère Raul, et d’autres proches rebelles, ne voyaient pas d’autre solution que la force pour renverser le dictateur Batista. Les premières attaques eurent lieu en 1953, Castro fut emprisonné la même année, mais libéré deux ans plus tard. Réalisant que le Président Batista le libéra dans l’intention de l’assassiner une fois sorti de prison, Castro fuit à Mexico. Il y rencontra de nouvelles figures, prêtes à s’engager avec lui pour monter un nouveau plan, tel que Camilo Cienfuegos et le fameux Ernesto Che Gevara. Che Gevara est alors un jeune médecin argentin. Il revient d’un voyage en moto avec un ami à travers toute l’Amérique latine. Ce voyage fut pour lui une révélation, il décida de ne pas rentrer exercer sa profession en Argentine, mais d’engager sa vie auprès de grandes causes, auprès des peuples sud-américains opprimés par les dictatures. Au terme de nombreux efforts et d’un lourd tribut humain, Castro et ses armées rebelles finirent par gagner la révolution. Le 1er janvier 1959, Castro proclame la victoire. Batista s’enfuit du pays emportant avec lui 40 millions de dollars US des caisses du gouvernement. Le Che partira plus tard en Bolivie pour défendre d’autres causes révolutionnaires, mais rapidement se fera capturé et assassiné. Il demeure aujourd’hui une figure si emblématique ! Les posters, photos du Che sont partout… 

              En parallèle la guerre froide s’installe. Castro instaure une politique communiste, nationalise le pétrole, l’électricité, tous les secteurs clés du pays, tenus jusqu’alors par des compagnies américaines. Le Président Eisenhower rétorque en diminuant puis supprimant l’exportation de sucre cubain aux Etats-Unis. Fidel riposte encore en remplaçant le dollar américain, monnaie utilisée par les touristes, par le peso convertible. En effet,  deux monnaies circulent aujourd’hui simultanément, les pesos cubains (monnaie nationale), et les CUC (pesos convertibles). Les relations avec l’Union Soviétique se solidifient, tandis que celles avec les Etats-Unis, deviennent de plus en plus tendues, au point que le gouvernement américain déclare en 1961 un embargo complet avec Cuba. Suit l’épisode de l’invasion de la Baie des Cochons par les américains et l’installation de missiles tournés vers les Etats-Unis par l’Union Soviétique. Finalement, tout rendre dans l’ordre, mais chacun reste sur ses gardes. Ce binôme Cuba-URSS fonctionne plutôt bien, les échanges commerciaux entre les deux pays communistes sont assez complémentaires, jusqu’à l’effondrement du régime soviétique en 1991.

               Depuis l’embargo, et encore plus depuis l’effondrement du Bloc de l’Est, le système de rationnement est beaucoup plus dur qu’avant. Pas de vêtements, ni chaussures, par personne et par mois seulement un savon, une aile de poulet, dix œufs, un morceau de poisson tous les trois mois… Tout est réglementé et contrôlé. Chaque cubain se voit délivré un carnet avec des tickets de rationnement mensuel, carnet complété à chaque délivrance de produit, puis renvoyé au gouvernement. Comment font les cubains pour vivre dans un système pareil ? Comme ils disent il y a toujours une solution pour tout, et surtout il y a le marché noir ! Apres ces trois semaines à Cuba, on se rend compte que beaucoup de choses se troquent, s’achètent, se vendent, sous la table, entre amis ou voisins. Pour vivre correctement les cubains n’ont pas le choix, le salaire donné par l’Etat oscille en fonction des métiers entre 8 à 16 euros, mais il faut dire aussi que l’Etat prend en charge ce qu’il estime le minimum nécessaire, la nourriture, l’électricité, le logement… Par exemple pour l’électricité, une partie minimum est prise en charge par l’Etat. Si la famille n’a pas de matériel superflu dépensant de l’énergie, elle n’aura pas besoin d’ajouter à la note. De plus, l’accès à l’éducation et à la santé est gratuit pour tous. En somme, pour reprendre une expression de Dania, rencontrée à la Havane, « les riches sont moins riches, et les pauvres moins pauvres ». Certes ils ne peuvent s’offrir aucun extra, s’ils ont besoin de nourriture supplémentaire pour inviter des amis ou de la famille, s’ils veulent s’acheter une nouvelle paire de chaussures ou un tee-shirt, s’ils veulent acheter un livre, il faut qu’ils se débrouillent autrement, mais personne n’est à la rue. L’accès à l’information est également contrôlé. Internet, par exemple, est bien réglementé, les cyber pour cubains permettent seulement d’accéder à sa boite mail, qui plus est c’est très cher, et ceux que nous avons essayés ne permettaient ni d’accéder à skype, msn ou encore de mettre sa clé usb. Seuls les hôtels réservés aux touristes peuvent apparemment offrir de meilleurs accès.

En théorie, les touristes sont censés utiliser seulement les CUC, mais rien n’empêche d’échanger dans les maisons de change ou dans les petites échoppes ses CUC en « moneda nacional ». Il y a vraiment deux échelles de prix, les pizzas que l’on peut acheter dans la rue à 20 centimes d’euros, les glaces 4 centimes, la bière au litre à 80 centimes, et les vêtements ou chaussures qui s’achètent quasiment au même prix qu’en Europe. Alors les gens se prêtent, et tout est de seconde main. Même les voitures d’ailleurs, aucun cubain ne peut acheter de voiture neuve, d ailleurs il n’y en a pas. Une grande partie des voitures en circulation sont encore des voitures américaines ramenées avant l’embargo. Elles sont superbes, et en tant que touriste en balade, elles apportent un superbe cachet à la ville ! Si pour sa profession, médecin, chauffeur de taxi… on a besoin d’une voiture, il faut faire une demande à l’Etat qui peut en fournir une, sous certaines conditions. L’Etat achète des voitures d’occasion avec quelques pays, on a notamment vu pas mal de Peugeot !

 

            Portillo, les îles du Jardin de la Reine

 

                                          

15 décembre, nous quittons Santiago pour Portillo. Vingt-quatre heures de navigation, première partie agrémentée d’un bon vent d’est, puis vers minuit… plus rien, pétole jusqu’au lendemain ! Mais la patience est plus facile sous un beau ciel étoilé.

Portillo… Il ne faut pas y chercher l’animation… pas un bateau dans la baie, ah si un, il s’est mis tellement loin qu’il doit avoir envie de rester tranquille, de la mangrove, un petit village, disons plutôt un hameau, et à quelques kilomètres un hôtel où les clients ne font certainement pas grand chose de plus que manger, boire un verre et le reste du temps se reposer sur la plage. Les douaniers sont censés venir à bord, nous attendons, personne… En fait, ils n’ont plus de barque pour le moment et nous attendent patiemment sur la plage. Cette escale d’une nuit fut bien paisible, marquée par la rencontre de Julia et Victor, une famille vivant dans une petite maison à l’entrée de la plage. Nous sortons de chez eux en nous disant qu’encore une fois la gentillesse cubaine est loin d’être légendaire...

Nous continuons notre route vers l’ouest en direction des îles du Jardin de la Reine, parait-il superbes, à 150 miles de là. Plongée masque et tuba, baignades en eaux turquoises en perspective, mais Eole en aura décidé autrement… Trop de vent, 35 nœuds continuels, impossible de faire du rase-cailloux et de mouiller d’île en île dans ces conditions. Tant pis ! On poursuit !

 

Trinidad

 

 

Du coup, on arrive de nuit sur Trinidad, pour être plus juste Casilda, la ville voisine, il n’y a pas de port à Trinidad. Nous attendons à la cape que le jour se lève à l’entrée du chenal, un chenal long et délicat, avec peu d’eau voire pas assez à certains endroits, d’ailleurs on s’est échoué ! Alors que nous sommes en train de porter des ancres en annexe pour tenter de nous déséchouer, un bateau moteur sortant du port se propose de nous aider. Encore une fois, un accueil très gentil à la marina. On profite de pouvoir accéder à l’eau pour faire le plein des réservoirs et faire une bonne lessive à la main.

Pour les allers-retours entre Casilda et Trinidad, il faut prendre un bus, un taxi ou faire du stop. Trinidad est classée Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO. Au regard du charme de ses rues pavées, de ses maisons colorées ou encore de ses superbes monuments datant du passé colonial, elle mérite effectivement bien son titre. La meilleure heure est en fin d’après-midi, peu avant le coucher du soleil, les couleurs sont à pleurer… 

Trinidad est aussi la ville où nous passons Noël et le passage de la nouvelle année… Après un bon petit diner de réveillon à bord (Quentin a ramené du foie gras et du champagne de France !), nous rejoignons le centre de Trinidad. Les rues grouillent de musique et de gens dansant la salsa. On ne s’en lasse pas, superbes à écouter, et superbes à regarder… On pourra mettre en pratique nos premiers cours ! Oui, c’est notre cadeau de noël ! Une prof perso pour 4 euros de l’heure (qui se transforme plus souvent en une heure et demie ou deux heures), on ne va pas se priver. Mais maintenant, il faut pratiquer… et pratiquer !   

Les alentours de Trinidad valent également la peine, comme « la Valle de los Ingenios » que nous parcourons à cheval dans la montagne, ou une petite rando jusqu’aux rivières souterraines à Topes de Collantes. 

Petite anecdote, en dehors de la vie cubaine, mais qui nous a bien fait rire. Notre cher ami Quentin n’est pas un timide, disons-même qu’il n’a pas peur du ridicule du moment que ça fasse rire les gens… Nous avons donc fait une camera cachée. Habillé de son short de bain à fleurs, de sa doudoune sous 30 degrés, et de chaussettes de tennis remontant aux mollets, coiffé d’une casquette de capitaine, et pour couronner le tout, avec une bouée canard autour des hanches, Quentin va à la plage, traine sa valise à roulettes, se baigne en fumant un gros cigare, saute dans les flaques, lit son livre et regarde la mer. Quentin était déjà très drôle, mais ce qui nous a fait encore plus rire était le regard des gens autour ! Intrigués, puis rapidement ahuris et pouffant de rire, ils sortaient discrètement l’appareil photo du sac, ou d’autres carrément le téléobjectif.

 

Vinales

 

 

Nous laissons quelques jours le bateau au mouillage dans la marina de Casilda, et partons en bus jusque Vinales, à l’ouest de Cuba, une région très vallonnée, de belles falaises calcaires, des grottes, et de nombreuses plantations de tabac ! Deux jours, où nous profiterons de marcher, nous poser en chemin, papoter avec les planteurs de tabac, les fermiers… Nous rencontrons Cristobal. Il plante, sèche et roule son propre tabac, comme beaucoup d’habitants ici. Les graines sont semées d’octobre à décembre, la plante se récolte trois mois plus tard, elle atteint alors 1m50. Les feuilles sont alors suspendues et séchées pendant près de deux mois. Elles jaunissent, puis brunissent. Elles sont ensuite empilées un mois pour une première fermentation. Ce processus réduit la résine des feuilles et leur donne une couleur plus uniforme. Une fois classifiées suit une seconde fermentation de deux mois. Au bout de neuf mois environ, les feuilles peuvent enfin être roulées… et fumées ! Nous sommes arrivés à Cuba tout à fait novices en matière de cigares, mais finalement on se retrouve petit à petit à avoir essayé pas mal de cigares différents, les artisanaux roulés à la maison, les Coiba ceux fumés anciennement par Fidel, les Montecristo assez forts, les Romeo et Juliette plux doux…

Nous dormons chez Maria, une petite maison en centre-ville. Quentin dort dans une autre maison à côté. Même s’il y a deux grands lits disponibles chez Maria, les cubains n’ont pas le droit d’héberger plus de deux touristes à la fois par maison. Tout est réglementé et surveillé, même par certains voisins qui n’hésitent pas à dénoncer... Chaque famille désirant mettre une chambre de sa maison à disposition des touristes doit demander une autorisation de « casa particular » à l’Etat, qui renvoie un carnet à compléter et renvoyer chaque mois avec noms des voyageurs, numéros de passeport… De plus, chaque maison doit payer un forfait tous les mois à l’Etat de 100 CUC (80 euros) correspondant à une semaine d’hébergement, même si personne n’est venu dormir ! Nous avons beaucoup de chance de tomber sur Maria, une femme qui aime beaucoup discuter, parler de son pays, et voyager au travers de ce que nous pouvons lui raconter du nôtre. Elle nous emmène chez une voisine amie à elle, qui roule son tabac chez elle. Leur fille, encore étudiante, souhaite nous montrer un livre où Fidel cite plusieurs personnages français, politiciens, écrivains, « Cent heures avec Fidel » de Ramonet, un livre qu’elle considère comme une bible pour mieux comprendre Fidel et l’histoire de Cuba.

 

La Havane

 

 

Comme Trinidad, la Havane est classée Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Elle est effectivement superbe. On se plait à flâner de rue en rue autour du Capitolio, la Plaza Vieja, Plaza de Armas… tourner les pages des vieux livres de Lenine, de Fidel ou du Che dans le quartier des bouquinistes, jouer aux dominos avec quatre cubains qui font une pause dans leur atelier de charpentier... La Havane s’est développée dès l’arrivée des premiers colons dans les années 1500, on y sent encore l’influence des conquistadors espagnols dans l’architecture des maisons. La ville se divise principalement en trois quartiers, le vieux Havane, le Havane centre, et Vedado. Mais le Vieux Havana et le Centre sont les quartiers qui dégagent le plus de charme.

Sur la Plaza de Armas, nous faisons par hasard la connaissance de Dania. Elle est guide, mais une guide pas comme les autres ! Nous ne cherchons pas de guide, elle le sait, mais rapidement le feeling passe. Elle vient de finir sa journée, elle nous indique un resto où l’on mange super bien pour presque rien, puisque nous pouvons payer en pesos cubains. Dania vient avec nous, puis Quentin reprend le bus qui l’emmènera à l’aéroport, retour en métropole… Quant à nous deux, nous ne savons pas encore où nous allons dormir. Dania n’a normalement pas le droit d’héberger des touristes chez elle, mais elle nous propose de venir dans sa maison. Nous arrivons dans une petite maison en banlieue sud de la Havane, maison qu’elle restaure peu à peu grâce à l’argent qu’elle gagne en étant guide. Vivent ensemble trois familles, son fils, ses parents, sa sœur, son beau-frère et leur garçon. Bienvenue nous dit son père en nous tendant un verre de rhum pour l’occasion !  La famille est en ébullition, demain c’est le réveillon… On fêtera la nouvelle année, mais aussi et surtout le 50ème anniversaire de la Révolution ! Tout le monde en parle, Raul Castro vient de faire un discours à la télévision, la sœur de Dania et son mari ont passé leur journée à préparer les langoustes qu’ils ont pêchées. Nous passons des heures à parler avec Dania. Elle n’est pas une guide officielle, mais elle connaît si bien toute l’histoire de son pays, et en plus elle parle très bien anglais. Cela permet d’approfondir davantage nos discussions. Si vous venez à la Havane, elle est un contact à retenir !

            Nous rejoignons Trinidad en bus, un bus pour touristes avec des prix touristes. Il existe d’autres bus moins chers, mais réservés aux cubains… Quelques jours encore sur Trinidad, quelques jours qui nous offrent l’occasion de faire la connaissance de Gwen et Veronika, un jeune couple breton-argentin à bord de « Lady Fish ». Belle aubaine, ils ont dégoté et acheté ce voilier de neuf mètres à budget minima dans les Caraïbes, l’ont retapé pendant deux ans sur St Martin et les voilà partis ! On se retrouvera sûrement au passage de Panama !

 

Cayo Largo

 

 

Pour quitter Cuba, Cayo Largo est le dernier port avant Maria Gorda où l’on peut faire ses formalités de sortie. De petits îlets, des plages paradisiaques, du sable blanc, une eau turquoise, au point que même de nuit on peut voir toute la longueur de chaîne de l’ancre, mais à part ça, l’intérieur des terres n’a rien de bien attirant, une végétation aride sur des terrains plats. Les cubains n’ont pas droit de séjour ici, sauf ceux travaillant sur place, on ne trouve donc que des touristes venant prendre quelques jours ou semaines de farniente. Pas très intéressant donc…

 

Navigation entre Cuba et Providencia

 

 

On nous l’avait dit, on l’avait également lu dans différents récits, cette navigation peut être assez éprouvante. En effet, elle le fut : des vents d’Est bien soutenus nous contraignant au pré bon plein, mais surtout une houle de quatre mètres par le travers et de dangereux bancs de sable un peu partout. Le ciré est de rigueur, certaines vagues recouvrent régulièrement le pont. On a deux ris dans la grand-voile et le génois roulé de moitié, mais on maintient les 7 nœuds de moyenne. Ca nous arrive rarement, mais sans être malade à vomir, on est quand même tous les deux bien barbouillés. Dans nos cirés mouillés, alors qu’on en a bien marre, qu’on est fatigué (dix heures de sommeil en cinq jours), Laurent positive et me dit, tout en winchant pour réduire davantage le génois : « On ne galère pas, on se… PROMEEEENE ! Parce que c’est… JOLIIII ! » Ironique, mais ça fait du bien de rire dans ces moments là ! Nous qui avons l’habitude de cuisiner en toutes circonstances jusqu’à présent, cette fois çà bouge tellement qu’on en vient aux boites de conserves. Heureusement, on avait pris de l’avance avant de partir en se cuisinant une galette des rois à la frangipane pour l’Epiphanie et des pains au chocolat et croissants à bord ! On a tous les deux hâte d’arriver, mais on positive… La bande anti-UV du génois se découd sur la moitié de sa hauteur… du boulot en perspective… Dur dur, mais bon, c’est ça aussi le bateau !

Et si on s’arrêtait à l’île bien nommée dans ces circonstances « Providencia » ! C’est où me direz-vous ? On ne savait pas non plus avant de voir cette crotte de mouche sur la carte. En fait, c’est une ile colombienne au large des côtes du Nicaragua, à 400 Kms au nord du canal de Panama. Et c’est comment ? On vient juste d’arriver, alors la suite… on vous la contera la prochaine fois…

 

            Et pour finir, le petit mot de Quentin, écrit quelques jours avant son départ de Cuba :

 

« Me voila déjà face a l’ordinateur pour écrire le carnet de voyage… comme une mouette annonce la terre au navigateur, le carnet de voyage annonce le départ du visiteur…que ca passe vite… Je suis confortablement installé dans la cabine arrière pendant que résonnent quelques notes de Gainsbar sur Mandragore… ce cher Mandragore… accueillant, robuste, serein et un brin cabotin… à l’image de son équipage…

La tradition du carnet de bord veut que l’on raconte ce que l’on a fait pendant ces jours passés ensemble. Pour ma part j’ai rejoint le bord le 13 décembre a Santiago de Cuba… Cuba… mmmmhhh… un nom de plus qui fait rêver… comme on ne peut décidément pas écrire un voyage, je ne vais pas m’étendre sur nos visites et excursions mais plutôt sur ces petites tranches de vie qu’on a partagé ensemble… ces tranches de bonheur…

·           Quel bonheur, en effet, de retrouver des amis à l’autre bout du monde… comme si de rien n’était, de se serrer dans les bras et d’aller se boire un p’tit godet sur une terrasse au soleil alors que résonnent autour des airs de salsa…

·           Quel bonheur de se retrouver dans le cockpit de Mandragore qui vibre au rythme du vent et des vagues quand défilent les étoilent au dessus de nos têtes…

·           Quel bonheur de déguster les bons petits plats de Lenou et les cakes de Gaubert… (il est loin le temps des gouléiades sur le Cap Horn… pour ceux qui n’y ont pas gouté, la gouléiade est un plat qui consiste à mélanger toutes les boites de conserves du bord… comme des raviolis à l’ananas assaisonnés au ketchup, ou du taboulé sauce « crème mont blanc vanille »par exemple…)

·           Quel bonheur de mettre des lignes de pèches à la traine en l’honneur d’un ami resté en France (Frannnnnnncccccoiiiiiiiiiis Geeeeeeeerrrraaaaaard) …

·           Quel bonheur de se faire réveiller à la corne de brume avec un vieux rire sadique du Gaubert…

·           Quel bonheur de voir Lenou et Gaubert danser leurs premiers pas de salsa…

·           Quel bonheur de sillonner Trinidad tous les trois quand les cubains célèbrent Noël à coups de déhanchés et de grandes rasades de rhum…

·           Quel bonheur de se réveiller, de prendre l’annexe pour aller négligemment piquer une tête sur la plage d’à coté…

·           Quel bonheur de se faire trimbaler en taxi ou en stop dans une carriole à cheval genre « Autant en emporte le vent », un pick up ou une vieille Chevrolet de 1953 (dont l’embrayage lâchera à 500m de l’arrivée)…

Ici comme dans beaucoup de pays, le temps ne se calcule pas, ne se rentabilise pas… ici, le temps n’appartient pas à l’homme… le temps se vit au présent avec simplicité… La simplicité qui permet à un bus de transport en commun de s’arrêter pour permettre à une fille d’aller acheter une glace et de remonter à bord sans que personne ne rouspète… il n’y a pas d’heure d’arrivée prévue, le bus arrivera quand il arrivera…

Et c’est donc avec cette simplicité acquise ces derniers jours que je souhaite rentrer en France… le corps et l’esprit lavés par la mer et le vent… Merci à Gaubert et à Lenou pour ses merveilleux moments passés ensemble… Ceux qui hésitent : Foncez les retrouver à l’occasion d’une escale, vous ne le regretterez pas… « Grandir, c’est vivre ses rêves de jeunesse… »