St Barthélémy
Arrivée de nuit :
3h du matin, le 17 novembre, Mandragore capeye tranquillement sous le vent de St Barth, devant la rade de Gustavia, en attendant que le jour se lève. Nous ne pensions pas naviguer si vite depuis la Guadeloupe, mais l’alizé soutenu nous fait arriver un poil trop tôt. L’entrée du port n’a pas l’air bien compliquée, néanmoins par principe nous préférons éviter les arrivées de nuit dans des ports inconnus. Vers 6h, nous remettons en route et la pioche glisse enfin dans l’eau translucide de la baie. Sous le bateau, deux bestiaux d’un mètre (que nous avons pris pour des petits requins, mais en fait non !) et quelques raies nous invitent à la baignade avant d’aller faire une bonne sieste de quelques heures.
Le St-Trop des Caraïbes :
Nous resterons trois jours à St Barth. C’est une jolie île, avec des plages de sable blanc, des lagons et des collines volcaniques. Des bretons et normands s’y installèrent les premiers au 17ème siècle, avant que l’île ne soit cédée à la Suède fin 18ème en échange de droit de négoce dans le port de Goteburg. Le port de Gustavia devient franc, ce qui allie à la neutralité de l’île dans la plupart des conflits au fil des siècles, lui assura prospérité et paix. Un siècle plus tard, un référendum rendit St Barth à la France, sous condition de garder le statut de port franc, qui aujourd’hui encore en fait la prospérité.
On dit que St-Barth est le St-Trop des Caraïbes, et c’est vrai. Ici, le kilo de tomates se vend entre 7 et 12 euros le kilo, et les locations peuvent atteindre 25 000 euros la semaine. A côté des boutiques grand luxe et Jet-set sur les yachts « MATUVU » vivent également des gens « comme nous », que nous rencontrons au fil de nos balades en stop dans l’île. Le cadre de vie est sans conteste très agréable, le climat aéré, les gens semblent heureux… je me sens quand même loin, très loin du vrai monde malgré tout.
Les champions de l’hospitalité
Nous garderons surtout de St-Barth le souvenir de l’accueil de Mowgli, neveu de Jean-Paul Boulan (association la Chaloupe, Noirmoutier), Tania, sa femme, leur adorable fille Tia âgée de six semaines (un record de jeunesse sur Mandragore et dans l’annexe), et Martine, la mère de Mowgli et sœur de Jean-Paul. Martine et son mari sont arrivés ici en voilier il y a une vingtaine d’années, s’y sont plu, et y ont scolarisé Mowgli. Les années ont passé et Mowgli a épousé Tania, st-barth « pure souche ».
A notre grande surprise, ils organisent un véritable festin en notre honneur sur le port, avec des spécialités locales commandées chez un traiteur, et nous passons une excellente soirée en leur compagnie à apprendre quantité de choses sur leur île. Une formidable rencontre, trop brève. Nous gardons beaucoup de reconnaissance pour leur accueil chaleureux, et espérons pouvoir leur rendre la pareille lorsque nos routes se recroiseront.
St-Martin 21-27 novembre :
Après une petite journée de mer, nous contournons la pointe Nord-Ouest de St-Martin pour aller mouiller dans l’anse de Marigot. Une grosse houle de Nord se lève pendant la nuit, et dès le lendemain nous allons mouiller dans l’immense lagon qui occupe toute la partie ouest de l’île.
St Martin est coupée en deux, une partie française, capitale Marigot, et une partie hollandaise, capitale Philsburg. Ici le dollar est roi, l’ambiance et le gros de la clientèle sont américains. Chaque jour sur Philsburg, les paquebots vomissent des milliers de touristes US qui font leur emplettes duty free, piquent une tête dans la grande bleue, enfilent bières sur bières, avant de tituber jusqu’à leur bord et se faire traîner jusqu’à la prochaine escale.
Escale technique
Ici, nous n’avons pas envie de faire du tourisme, de nous noyer dans la masse. La semaine sera entièrement consacrée à dorloter Mandragore. En vrac, nous achetons un panneau solaire de 80 watts, une nouvelle hélice pour le hors-bord de l’annexe, 15 litres d’antifooling de la marine américaine (le prochain carénage est prévu au Costa Rica, où il y a 3 mètres de marnage), de la peinture pour le pont (encore… parce que celle appliquée cet été ne tient pas… Sans commentaire, je me suis déjà assez énervé avec ça !), un nouveau transfo 12-220V (l’ancien donnant des signes manifestes de fatigue), des filtres et des courroies de rechange pour le moteur Volvo… et tout un tas de petits équipements qu’on n’est pas prêts de retrouver sur la route vers la Polynésie. Et enfin, pour 100 euros, oui Madame, pas un de plus, nous trouvons un pilote automatique identique au notre en parfait état de marche (il s’agit de la récup d’un électronicien sur un bateau. Il fonctionnait, mais son propriétaire voulait mettre du neuf…) Nous avons donc à présent deux pilotes automatiques qui fonctionnent et un régulateur d’allure qui après moultes déboires semble commencer à coopérer. On se verrait mal 30 jours 24 heures sur 24 à la barre entre le Costa Rica et la Polynésie. Ce serait des coups à revendre le bateau au premier marquisien venu !
A côté de cela, Hélène s’abîme les yeux devant l’ordi à dévéroler la bestiole infectée au fil des escales dans les différents cybercafés. Impossible d’attraper la bande de malfrats, ils se sont glissés à la racine du disque dur… A force de tentatives, de patience, et finalement grâce à de gentilles âmes venant à son aide, la bête ressuscite au bout de quelques jours, quand moi j’en serais venu au marteau au bout de quelques heures. C’est aussi pour cela que je l’ai épousée ! On se complète !
Iles Vierges Britanniques, Virgin Gorda, 28-29 novembre :
Comme une envie de snober les Vierges !
Les Antilles, c’est la mer éternellement bleue, un paradis de la voile pour qui aime les plages de sable blanc, les cocotiers, les levers et couchers de soleil clichés mais superbes, les grains, les vents bien établis qui forcissent quelquefois dans les canaux pour faire croire que ça peut barder.
Parmi les îles visitées, nous avons adoré les Grenadines avec François et Circé, parce que nous étions « presque » le seul bateau en cette fin de saison cyclonique. Cette solitude est un luxe qui devient rare avec la saison touristique qui démarre. Il y a des voiliers partout, en charter, en location, rien de l’esprit voyage comme au Cap Vert ou au Brésil, les gens sont souvent individualistes et peu aimables. Bien sûr il faut relativiser, nous avons rencontré des gens fort chaleureux, mais la sensation d’être un « couillon à plumer » comme d’autres commence à nous envahir, avec le sentiment que si notre périple devait se poursuivre dans ces eaux, on y perdrait l’esprit voyage et découvertes que nous sommes venus chercher.
On nous avait pourtant dit, allez aux Baths très tôt le matin !
Le couperet tombe définitivement le jour de notre arrivée à Virgin Gorda, aux Iles Vierges Britanniques. Le célèbre mouillage des Baths est une splendide baie bordée d’un dédale de gros blocs de granits ronds, classée Parc National, Patrimoine et tout et tout. Curieux d’explorer cette « Mecque du yachting nord Caraibe », nous commençons à crapahuter sur le granit (pas rose comme à Perros Guirec, mais le même genre sans la pluie), quand soudain… 300 américains fraichement « dépaquebotisés » déboulent à coup de « Oh my Goooood, it’s gooorgeous ! » et suivent en file indienne une « adventure official guide » aux ongles de cinq centimètres peints en rose. On revient lorsque le gros de la troupe est passé, les paysages sont tout de suite plus beaux ! Mais bon, la coupe est pleine, partons, soif d’autre chose, notre voyage ce n’est pas ça.
Dès le lendemain, cap sur Haïti…