Pour notre escale de fin de transat, nous avions hésité entre Récife ou Salvador de Bahia, deux villes phares du carnaval brésilien. Finalement pour des questions de temps nous avons choisi Récife, et ne regretterons nullement notre choix… Nous mouillons devant la vieille ville, au Yacht Club de Pernambuco, tranquille, pas cher, et très bon accueil. Nous consacrons notre première journée à la tournée des bureaux pour la régularisation des papiers officiels. Entre la police fédérale, les douanes, les affaires sanitaires, l’immigration, la capitainerie, le tout nous prend pratiquement la journée. Tout se passe bien, mais tout est long. Seul souci rencontré, mais qui se termine bien, l’anecdote de Prue et son passeport australien. En effet, contrairement aux européens, les australiens et quelques autres pays comme le Canada et la Nouvelle Zélande, ne sont pas autorisés à pénétrer dans le territoire sans visa. Il leur faut quitter le pays sur le champ et faire leur demande de visa à l’extérieur du pays. Heureusement que Prue bénéficie de la double nationalité, de par son père elle est également irlandaise. Après quelques heures d’attente dans le bureau de la police fédérale, le temps d’aller chercher son deuxième passeport au bateau, tout s’arrange.
Dès le lendemain de notre arrivée, le premier jour du carnaval est lancé. Concerts et groupes de samba à tout va... Des gens heureux, qui dansent, chantent, avancent ensemble dans les rues, grosse ambiance. Nous apprendrons par la suite que les carnavals de Récife et Olinda, sa ville voisine, ont la réputation d’être les plus populaires du Brésil. Celui de Récife a notamment la particularité d’être très culturel : de nombreux concerts de musique de différents styles sont offerts au public tout au long des cinq jours de carnaval. De plus, des groupes de musiciens et brésiliens costumés organisés en clubs concourent chaque jour. Les rues sont bondées, un peu trop de foule pour Laurent ! Sur la place centrale, concert de samba et chants de carnaval chantés avec tout le public. Parmi les chanteurs sur scène, Manu Chao ! Je garderai particulièrement en mémoire le concert d’un groupe de rock brésilien et toute cette foule transpirante de sueur - nous y compris ! -, ces jeunes qui sautent sans cesse, tous écrasés les uns sur les autres. Dans ces cas-là, être grand est un avantage bien pratique ! Cela permet de respirer un peu plus d’air frais, mais aussi d’avoir une meilleure vue d’ensemble sur cette foule qui n’en finit pas… Instant magique ! Nous étions déjà impressionnés par tant de foule à Récife, mais lorsque nous nous rendons le lendemain à Olinda… eh bien c’est encore pire ! Des gens, des gens, et encore des gens qui font la fête, boivent de la bière, dansent, se déchaînent… De la joie de vivre qui se rapproche même souvent de l’hystérie. Un beau bordel ! Encore plus qu’à Récife. On sent que ce sont plus les jeunes qui s’y retrouvent. Lorsque l’on discute avec des brésiliens et qu’on leur demande s’ils habitent ici ou viennent de plus loin, plusieurs nous répondent qu’ils ont pris une ou deux semaines de vacances pour venir tout particulièrement se défouler ici entre copains. Dormir ? Ils y penseront plus tard ! La musique ne s’arrête pas ! Enivrement des corps et des âmes est le maître mot. Pour info, le mois offrant le taux de natalité le plus important au Brésil est le mois de novembre, comme par hasard neuf mois après le carnaval. A ces festivités s’ajoutent les vendeurs de bière, de spécialités locales… On retiendra les galettes de tapioca fourrées à la noix de coco rapée, et autres ingrédients au choix, les gros morceaux de fromage frits à déguster à la manière d’un cornet de glace ou les cocktails alcoolisés, comme la capirihna et les capifrutas.
Jeudi 7 février au matin, nous levons l’ancre, la ville se remet doucement de son ivresse des derniers jours, en pensant déjà à… l’année prochaine ! Vent S-SE, cap à 215 sur Salvador, 400 miles plus bas, avec une escale de deux nuits à Maceio, cité balnéaire bien agréable. Aurélien nous pêche notre plus gros poisson, un beau thon de 70 cms. Avec les 6 kilos de poisson, nous mangeons le midi, le soir et faisons du poisson séché. Lorsque nous atteignons le port de Salvador, il fait déjà bien nuit. Nous mouillons sur un corps-mort visiblement disponible, et verrons bien s’il faut changer demain. Salvador est une ville très largement impregnée de son passé colonial, tout particulièrement dans le vieux Salvador où l’architecture des bâtiments vaut le détour. Beaucoup d’églises et maisons furent construites par les portugais au XVIème et XVIIème siècle, ou plus justement par leurs esclaves qu’ils ramenaient en bateau d’Afrique… Puis le 1er gouverneur du Brésil choisit Salvador pour combattre la domination portugaise, et développa encore davantage la ville. Un ascenseur permet de monter directement du port au quartier Pelourinho en hauteur du vieux Salvador. Ce quartier est particulièrement animé le mardi et le vendredi soir, concerts de rues, exercices de capueira, sambas… Concernant la sécurité, nous rencontrons plusieurs voyageurs malchanceux qui se font menacés et dépouillés pendant leurs escales brésiliennes, mais le meilleur conseil est de se promener avec le minimum sur soi, sans sac à dos, bijoux ou appareil photos apparent. Les risques sont ainsi plus que fortement diminués. Pour les voiliers qui souhaitent faire un bon plein de courses à Salvador, nous vous conseillons le « Mercado Rodrigues », prix 30% moins cher qu’ailleurs, et ce supermarché vaut le coup d’œil. Plus qu’un supermarché, il ressemble davantage à un grand Lidl version Brico Dépôt, pas de musique, des rayons de 20 mètres de hauteur avec des cartons de produits en quantités industrielles !
Samedi 16 février, nous quittons le corps mort du mouillage de Salvador, direction Itaparica, une île de la baie de Saints réputée pour ses plages, à trois heures de mer sous le soleil. Nous poursuivons notre escapade fluviale en remontant le Rio Paraguaçu. Des deux côtés de la rivière la jungle est dense. Lorsque Mandragore a toutes ses voiles, nous prenons de belles images du bateau. Aurélien et Prue débarquent à Maragujipe. C’est ici que s’arrête pour eux le voyage à bord de Mandragore. Ils vont à présent poursuivre tous deux leur voyage en Amérique du Sud par les terres et leurs propres moyens. Bonne continuation à tous les deux ! Au plaisir de se revoir et de partager à nouveau de bons moments ensemble ! Nous partons en rando sur la rive opposée. La végétation est verdoyante et généreuse. On ramasse deux sacs pleins de mangues. On en fera 17 pots de confiture et 5 bocaux de compote. La marée montante nous permet aussi de nous enfoncer avec notre annexe dans la mangrove. De retour au bateau, nous remontons la rivière jusqu’à Santiago de Iguape. Cette zone n’est pas cartographiée, mais grâce aux waypoints que nous a fournis un autre voilier « B&B », on sait que même avec notre tirant d’eau d’1m85, ça passe. On arrive un peu avant la tombée de la nuit, les gens sont comme à chaque fois très souriants et accueillants. Nous rencontrons Jean-Pierre et Emmanuelle, un couple de français. Ils sont arrivés là il y a 20 ans à la voile en cherchant un ami à eux. Depuis l’ami est reparti, mais eux sont restés, ont eu deux enfants, et font à présent chambres d’hôtes, petit-déjeuner et repas en fonction des besoins de leurs invités (http://www.jpsantiago.com). Pas plus de trente bateaux par an viennent jusqu’à ce mouillage. Dommage car ça vaut le coup ! Vu qu’il n’y a pas de carte, seul le bouche à oreille fonctionne. Donc, pour tout voileux en escale au Brésil, si ça vous dit, n’hésitez pas à nous demander les waypoints ! On vous les enverra avec plaisir. Sinon par la route et la piste, c’est possible aussi !
Nous souhaitons à présent visiter davantage l’intérieur des terres, notamment le Chili et l’Argentine et nous rendre jusqu’en Patagonie. La baie de tous les Saints autour de Salvador offre différents mouillages idéaux pour y laisser son bateau en sécurité pendant quelques temps, Ribeira, Aratu, Itaparica... soit sur un corps mort, une bouée ou au ponton pour certains. Notre choix se tournera finalement vers Aratu, à une heure de Salavador. Samedi 23 février, nous quittons Salvador en bus, direction le Paraguay. 50 heures de bus nous attendent… mais notre première destination ne devrait pas nous décevoir, les chutes d’Iguacu, parmi les plus grandes du Monde, parait-il...