Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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Samedi 15 décembre, après ces deux semaines et demie en France et quelques jours en Chine, mon retour sur Mandragore se solde par une grosse sieste de 14 heures jusqu’au lendemain matin !! Aïe aïe aïe, je devais certainement avoir besoin de sommeil. Mais nous repartons sur les chapeaux de roue ! 7h30, nous voici dans la rue en direction du premier bus qui nous emmène au Mont Teide. Objectif de la journée, se faire une belle rando sur son pic enneigé à 3700 mètres. Malheureusement, des panneaux au pied du téléphérique nous annoncent que les sentiers sont fermés aujourd’hui pour cause de glace dangereuse. Nous nous contenterons d’une grande balade de quatre heures dans la caldeira qui l’environne, balade certes moins sportive, mais très agréable. Comme deux idiots, nous n’avons pas pris avec nous assez d’argent pour rentrer en bus, ce n’est pas bien grave, nous rentrons en stop, cela nous offre l’occasion de faire la connaissance d’un couple d’allemands de notre âge en vacances. Ils nous arrêtent avec eux dans plusieurs lieux touristiques sur le chemin de retour, comme un musée expliquant l’histoire et la formation des îles canariennes.

 

Le lendemain dès 4h30, nous quittons le port de Santa Cruz afin d’arriver dans une dizaine d’heures avant la nuit au port de San Sebastian sur l’île de la Goméra, l’île la plus à l’ouest des Canaries. La navigation est belle et tranquille. A défaut de sapin de Noël, un énorme cactus décoré de guirlandes et boules de Noël orne l’entrée du port. Dès le premier soir, nous rencontrons Mary et Michel, un couple de français sur leur voilier de 11 mètres « Lascar ». Ils viennent boire un pot à notre bord, et nous rejoignons le leur à la même heure le lendemain. La suite nous permettra de nous retrouver au Cap Vert, et d’apprendre à connaître deux personnes formidables. Nous profitons de notre escale à la Goméra pour faire une belle rando dans les paysages vallonnés de l’île, mais aussi continuer de petits travaux sur le bateau, ou encore préparer et stériliser des bocaux de viande.

Jeudi 20 décembre. Nous quittons San Sebastian au petit matin, début de journée couvert mais égayé par un magnifique arc-en-ciel. Six jours de mer nous attendent. Nous partons juste après « Lascar », nous nous suivons une bonne partie de la journée. Les conditions météo sont clémentes les premiers jours, mais s’avèrent beaucoup plus sportives à partir du 24 décembre, mer de force 6 avec rafales à 7, et houle courte de 4 à 6 mètres. Avec deux ris dans la grand-voile et le génois bien enroulé, nous avançons toujours entre 6 et 7 nœuds, avec des pointes à plus de 8 nœuds ! A l’intérieur on pense avoir tout calé, mais même le four et le tiroir à vaisselle s’ouvrent, alors que ça n’arrive jamais d’habitude. Après ses quarts, Laurent dort parfois par terre dans le carré. Pour ma part, je persiste à me reposer dans la cabine arrière, mais après tout je ferais peut-être mieux de faire comme lui. Etant le lieu le plus bas du bateau, c’est sur le plancher que ça bouge le moins. Nous passons le réveillon de Noël avec ce roulis bien prononcé, loin d’être agréable, mais on s’y habitue, de toute façon on n’a pas le choix, n’est-ce pas ! Et ce pourrait être pire, il faut relativiser. Nous parviendrons quand même à nous offrir nos cadeaux, et nous faire un rapide petit festin : trouspinette noirmoutrine en apéro, biscottes avec de la terrine de sanglier en entrée, puis un bocal de bœuf bourguignon lentilles. Dommage pour la bûche de Noël au Nutella que j’avais eu peine à préparer, mais rester trop longtemps à l’intérieur commence à nous barbouiller et nous enlève toute envie de dessert ce soir. Tant pis, nous la dégusterons demain ! Nous sommes quand même ravis d’avoir pu marquer le coup ! Joyeux Noël ! Nous pensons fort à nos familles et nos amis. Parmi nos cadeaux, je tiens à recommander le livre de Maud Fontenoy « Le Sel de la Vie ». Je l’ai dévoré en quelques jours. Superbe livre, et sacré bout de femme. Au-delà du défi sportif de cette femme qui a effectué seule à 29 ans un tour du Monde à la voile à contre-courant, j’apprécie beaucoup ses valeurs, son humanisme et son dynamisme à toute épreuve. Sa ligne de conduite : « Ne laissez jamais personne vous dire que votre rêve est impossible ». De plus, on sent qu’elle aime les mots, et apprécie intégrer des citations littéraires qui se marient très bien à ses propos.

 

Nous atteignons le mouillage de la Palmeira à Sal le 26 au matin. Bilan de cette traversée, nous sommes toujours aussi contents de notre bateau. Quelques petits soucis, mais rien de grave : une latte qui se défait de la grand-voile, nous la reconsoliderons avant de reprendre la mer, la casse d’un coulisseau de grand-voile, mais nous en avons un de rechange, une petite fuite au niveau de la jaumière du safran, nous y rajoutons de la tresse. Mais il ne faut pas parler trop vite… Alors que nous nous apprêtons à faire une sieste bien méritée, Laurent fait un tour du bateau, lorsqu’il s’aperçoit que le tube inox de 40 mm de diamètre du safran de notre régulateur d’allure a encore cassé !! Exactement au même endroit que l’autre fois, larguant à la mer notre safran auxiliaire !! Quand cela est-il arrivé ? J’assure à Laurent qu’il était encore en place hier en début d’après-midi. Je me vois encore me déplacer à l’arrière et observer le safran fendre la houle. Pourtant depuis le 24, il n’était pas en position embrayée. Vu le vent et la mer, nous avions préféré ne pas l’utiliser et ne faire fonctionner que le pilote automatique pour le préserver. Le constat est flagrant, la mèche du safran est beaucoup trop faible ! Le modèle du constructeur n’est pas au point pour la taille de notre bateau. Que faire ? Attendre à nouveau ? Oui, mais pour quel matériel ? Nous avons déjà perdu plusieurs semaines à attendre les pièces à la Rochelle, puis aux Canaries ! Le constructeur devra nous présenter un modèle plus résistant pour regagner notre confiance. Nous lui écrirons dès demain en espérant qu’il nous trouve une solution, et que cette fois, nous puissions avoir confiance en notre « Hercule » dans la durée autant que nous étions ravis de ses compétences à la barre.

 

Nous retrouvons au mouillage Daniel, qui retapait comme nous son bateau au chantier Folleux en 2004, le chantier dans le Morbihan  où nous avons découvert et effectué les premiers travaux sur Mandragore ! Nous avions d’ailleurs pris un verre a bord de son ancien bateau à Folleux. Cela fait bientôt un mois qu’il est bloqué ici dans l’attente de deux colis envoyés de France, une pièce pour son pilote et sa nouvelle paire de lunettes tombée à l’eau. De notre côté nous profitons de ces trois jours pour nettoyer et ranger le bateau, avant l’arrivée de Karen et François, un couple d’amis qui viennent nous rejoindre au Cap Vert et passer le nouvel an avec nous. 

 

Mail du 23 décembre 2007 : « Notre radio BLU refonctionne !! »

 

Bonjour a tous !

 

Notre radio BLU a vraisemblablement décidé de nous faire un beau cadeau de Noël... Pour qui pour quoi, après avoir joué la capricieuse pendant près de deux mois, la voici qui accepte d'envoyer et recevoir nos mails sans difficulté à présent ! La panne incompréhensible se clôture par une remise en route toute aussi mystérieuse. Me direz-vous, le principal est que ca marche ! Nous pouvons donc désormais échanger des courriers textes depuis notre bord, même en pleine mer. Je n ose pas le crier trop fort, on ne sait jamais, je me méfie des sauts d’humeur de Mme BLU !

Néanmoins, à l'avant-veille de Noel, elle nous permet de vous souhaiter de bonnes fêtes de Noel depuis la cabine arrière de notre bateau ! Le temps s’est-il radoucit en France ? De notre côté, nous traversons bientôt le tropique du Cancer et entamons notre deuxième nuit et troisième jour de mer en direction du Cap Vert, 213 miles parcourus sur les 750 qui nous permettront d’atteindre vers le 27 décembre l’ile de Sal. Nous passerons alors récupérer à l’aéroport Karen et François, un couple d’amis, puis Cap sur Mindelo, l’ile de Sao Vicente où nous fêterons ensemble le cap de la nouvelle année. Nous nous sommes également donnés rdv avec d’autres voiliers de voyage rencontrés pendant nos précédentes escales, comme Mary et Michel, à bord de leur voilier de 11 mètres Lascar. Ils préparent eux aussi une traversée de l’Atlantique courant janvier.

D ici là, notre traversée se déroule sans encombre. Vitesse entre 4 et 7 nœuds et demi. Vent 15-20 nœuds, Nord Ouest passant Nord Est cette nuit, mer oscillant entre belle et forte. Position actuelle 24°54'90"N / 18)49'47"W. Espérons que ces bonnes conditions de navigation se maintiennent le soir de Noel...

Nous pensons bien à vous tous. Joyeux Noel ! A bientôt !

 

Laurent et Helene