Le voyage de Mandragore autour du Monde...

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Mardi 16 octobre. Le baromètre se maintient à 1020 hp. Cap au 230° direction Madère, plus précisément Porto Santo. 480 miles, soit environ 4 jours et 4 nuits de navigation. Pour cette première journée, une heure de guitare et d’accordéon sur Tri Martelo, une délicieuse tarte suisse que nous a préparée Laurent, et une longue partie d’échecs jusqu’au coucher du soleil. Il fallait en effet en profiter, car la suite ne nous permettra pas de pareils moments de détente. Dans la nuit, vers 3 heures et demie alors que nous changeons de quart et prenons deux ris, le pilote automatique ne fonctionne plus… N’a-t-il pas aimé l’empannage ? La soudure a-t-elle lâché ? Avec le vent et la houle, il est trop dangereux d’aller vérifier dès cette nuit dans le poste arrière. Nous y regarderons de plus près demain. Mais, maintenant que nous n’avons ni régulateur d’allure, ni pilote, il va nous falloir barrer constamment. Les heures de quarts sont plus fatigantes, il faut rester sans cesse concentré, et surtout on ne peut pas bouger de son poste pendant plusieurs heures, le temps que son équipier se soit reposé et prenne la relève ! C’est d’ailleurs assez étrange d’être sur le même bateau, mais pourtant se voir à peine. Dans ces moments-là, les CDs de musique sur notre baladeur sont plus que bienvenus ! Je n’ai jamais écouté autant de musique d’affilée ! Néanmoins, il faut relativiser, cela n’a duré que 3 jours et 1/2, nous sommes en bonne santé et le bateau avance bien, c’est le principal ! Nous commençons et terminons notre navigation avec un vent constant de NE, force 5-6. Au portant, c’est impressionnant à regarder, surtout l’arrière, le bateau se soulève, la vague passe et continue sa course... Mais on se sent toujours autant en sécurité sur le bateau. Le jour se lève, Laurent va voir dans le coffre arrière, si le problème ne vient pas de la soudure. Non, tout est en place. En testant à nouveau le pilote, on s’aperçoit qu’il parvient à redresser son cap dans un sens, mais pas dans l’autre. La panne serait donc interne. Il faudra le réparer ou en trouver un autre sur une prochaine escale. Nous aurons finalement beaucoup de chance, nous pourrons le réparer dès notre arrivée à Funchal quelques jours plus tard grâce aux talents d’un électronicien exerçant tout près de la marina. Nous lui démontons le pilote, lui laissons à son magasin le matin, le soir-même il est réparé. Il s’agissait d’une plaque de composants qui avait grillé.

Lors de notre dernière navigation, nous avions eu le plaisir de voir jouer autour du bateau des dauphins de nuit, cette fois-ci, ils viennent nous rendre visite au coucher du soleil, puis à nouveau le lendemain après-midi et le surlendemain juste avant notre arrivée à Porto ! Mais on ne se lasse toujours pas du spectacle ! Nous parvenons à bien les filmer. Pour les photos, ça va trop vite, elles ne rendent malheureusement pas bien.

 

Nous atteignons les côtes de Porto Santo samedi après-midi, une île en plein océan atlantique à 500 kms environ au large des côtes du Maroc. Depuis Cascais, nous totalisons une route de 530 miles sur les 470 de la route orthodromique. En effet, étant le plus souvent pile en vent arrière, nous avons dû tirer plusieurs bords de largue. Nous n’avons pas de pavillon portugais à bord. Or la règle veut que tout voilier entrant dans un port hisse, outre le pavillon de son pays d’origine, mais aussi en signe de courtoisie le drapeau du pays qui l’accueille. Et bien, nous allons en fabriquer un… Qu’avons-nous à bord ? Allez zouh, deux morceaux de tissus destinés initialement à faire des sacs, un gros rouge, un plus petit vert, une couture reliant les deux morceaux avec la machine à coudre manuelle de Mamyvonne ! Tant pis pour le dessin jaune censé être au milieu, nos amis portugais nous excuseront, c’est l’intention qui compte ! Et voilà ! merci Mamie, impeccable ta machine !

Nous nous posons d’abord au mouillage peu avant l’entrée du port. Nous nous attendions à des paysages verdoyants, mais se dressent devant nous des montagnes désertiques, à peine quelques arbustes, plutôt des cactus, un panorama lunaire ! Nous découvrirons par la suite que l’archipel de Madère doit sa réputation d’île fleurie non pas de Porto Santo mais de sa grande sœur, l’île principale, à 40 miles au sud, le paradis des randonneurs… C’est étonnant de voir de telles différences entre deux îles si proches. Elles sont pourtant toutes deux d’origine volcanique, de la même époque à peu près, soit 35 millions d’années, mais la végétation de l’une est aussi clairsemée que l’autre n’est luxuriante, la population de l’une est aussi réduite et concentrée que l’autre n’est dense et répartie sur toute l’île, même si bien sûr la capitale Funchal concentre indubitablement une grosse partie des habitants.

Le vent souffle fort, le mouillage n’est pas très confortable. Après nos quatre jours de mer, et une première nuit houleuse au mouillage, nous préférons rejoindre le port le lendemain. L’accueil y est chaleureux, d’autres propriétaires de voiliers de voyage, français, anglais, sont en escale. Ce ne sont pas les mains qui manquent pour attraper nos amarres sur le quai ! L’enregistrement à la capitainerie puis aux douanes durent comme d’habitude trois plombes, le personnel n’a pas l’air d’être débordé ! Le long du quai, il est étonnant de voir les peintures à perte de vue de centaines et centaines de voiliers de voyage passés par le port. La tradition veut que chacun y peigne selon son inspiration et ses talents picturaux son logo, en y ajoutant le nom du voilier, l’année, le pays d’origine et éventuellement l’équipage à bord. Certains dessins sont vraiment magnifiques ! Cette tradition se répercute dans de nombreux ports. C’est ainsi que nous retrouverons un peu plus loin le logo de Fleur de Lampaul passé par le port de Funchal ! Après-midi, lessive sur le quai, nettoyage du bateau, petit tour en ville, et qui retrouvons-nous à la terrasse d’un café ! Christian et Franck du voilier « Adaggio » dont nous avions fait la connaissance au port de la Corogne. La suite du voyage vous révélera que nous les retrouverons à nouveau sur Funchal, et qui sait peut-être rdv aux Canaries ! Le monde de la mer est finalement petit !

Nous sommes à présent prêts pour louer une mobylette et nous lancer lundi matin dans le tour de l’île. Temps superbe, le soleil et la chaleur font désormais partie de nos compagnons quotidiens. L’île de Porto a connu un fort développement surtout depuis ces vingt dernières années, avec la construction de son port et de son aéroport. On le remarque d’ailleurs bien par l’aspect neuf des maisons, et nombreuses sont celles en construction. En poursuivant notre petite virée, nous tombons sur une parcelle verte au fond d’une vallée. Oui, il s’agit bien d’un golfe construit au beau milieu d’un paysage très sec, c’en est presque écœurant lorsqu’on s’imagine la quantité d’irrigation nécessaire pour atteindre un tel résultat. Le climat y est à peu près constant toute l’année entre 16 et 29 degrés. Comme la plupart des îles, sa géologie est très dissemblable d’un versant à l’autre. Aux falaises abruptes de la côte Est dues à la rudesse des vents et de la mer, lui répond une côte Ouest plus paisible, réputée notamment pour sa belle plage de sable fin. Nous achevons notre découverte de l’île par un trek le jour suivant jusqu’au sommet du Pico de Castello à 560m d’altitude. Belle balade et cette fois entourée d’arbres. Ce pic porte son nom de par sa forme bien régulière, on croirait une montagne dessinée par un enfant ! Elle permettait à ses habitants de se réfugier lors des attaques portugaises, et tel d’un château-fort surveiller de toutes parts l’arrivée des assaillants. C’est aussi sur Porto Santo, que navigua Christophe Colomb en 1478. Il s’y est, parait-il, arrêté initialement pour y acheter du sucre, mais y rencontra et épousa la fille du gouverneur de Porto Santo ! On raconte aussi que c'est ici qu'il eut l'idée d'entreprendre son voyage en 1492.

 

Mercredi 24, nous reprenons la mer pour rejoindre la capitale sur l’autre île, Funchal, une petite journée de navigation tranquille sous le soleil…

 

15 h 00, notre première vue sur l’île de Madère est si différente de Porto, des maisons à perte de vue, autant dans la vallée qu’en haut des montagnes, et surtout beaucoup de végétation ! D’ailleurs, lorsque les colons portugais la découvrirent en 1418, ils l’appelèrent « Ilha de Madeira », l’île boisée. Après des siècles de domination principalement portugaise, Madère reçut le statut de territoire autonome en 1974, et rejoint l’Union Européenne en même temps que le Portugal en 1986. Aujourd’hui, environ 270.000 habitants vivent sur une surface de 741kms². Lors de nos randonnées sur l’île, nous avons surtout rencontré des allemands ! Pourquoi n’en parle-t-on pas davantage dans les agences de voyage françaises ? Cette ile en vaut vraiment la peine, non pas pour ses plages, il n’y en a aucune -sur ses 150 kms de côtes rocheuses, 80% sont des falaises !- mais pour ses variées et superbes opportunités de randonnées qu’offrent les levadas. Les levadas sont des canaux d'irrigation de 10 à 40 cm de large, qui permettent d'acheminer l'eau des versants nord jusqu'aux cultures en terrasses (vignes, bananiers, pommes de terre...) situées au sud de l'île. Ainsi 2150 km de canaux ont été construits au fil des siècles, à flanc de montagne. Comme sur Porto Santo, nous louons une mobylette pour découvrir l’île tout en étant autonome. Finalement on se rend vite compte que le réseau des bus est très bien desservi, il faut juste ne pas s’étonner de retards en demi-heure ou plus… Sur les quatre jours successifs de randos dans l’île que nous avons faits, nous avons tous les deux préféré le premier et dernier jour, la première pour sa végétation luxuriante, sa brume donnant un côté mystérieux à notre parcours, la dernière pour ses précipices, ses tunnels, ses chutes d’eau… En un mot, superbe ! Dans laquelle préférez-vous que nous vous emmenions ? La dernière, celle de la Ponta Da Sol ? Après une bonne heure de bus depuis le centre de Funchal, descendez à Ponta da Sol, l’arrêt Levada Nova. Ne faites pas comme nous, n’attendez-pas d’être tout en bas du village pour descendre du bus, il vous faudra tout remonter ensuite… soit une petite heure de marche bien abrupte… Rejoignons le manoir Solar dos Esmeraldos, c’est d’ici que part notre trek. Nous suivons le canal du levada en sens inverse en marchant sur un muret de 30cms de largeur environ. Nous traversons d’abord des champs de canne à sucre, puis longeons la falaise sur notre droite alors que les paysages sur le flanc gauche de la vallée se dégagent de plus en plus loin et profondément. C’est ici qu’il ne vaut mieux pas avoir le vertige… Le ciel bien dégagé nous permet d’admirer la vallée jusqu’à la mer. Après ¾ d’heure de marche sur la levada, nous arrivons à un tunnel. Munissez-vous de votre lampe torche, la sortie et la lumière du jour apparaitront peu à peu, dans 200 mètres. En marchant légèrement penché, et de manière attentionnée, on peut aisément rejoindre l’autre côté sans se mouiller. Mais c’est maintenant qu’on se mouille ! Devant nous, une chute d’eau a creusé une large dépression dans le roc et se jette d’une manière spectaculaire et à grand bruit sur le muret de la levada. Le seul moyen d’échapper à la douche est de passer dessous le plus près du rocher. Continuons de longer la levada Nova jusqu’à rejoindre sa source. Vous avez alors bien mérité une petite pause ! Reprenons la marche. Descendons le sentier modeste et extrêmement raide vers la Levada do Moinho, passant parallèlement à côté du lit du fleuve. Nous retrouvons des sentiers parfois mouillés et glissants, des passages escarpés et vertigineux, mais la levada récemment entretenue offre un retour plus sécurisant. Après 1h et demie de marche, nous retrouvons la chapelle et le manoir du point de départ. Ca vous a plu ? On s’en fait une autre demain ?

 

Quant à la ville, il fait vraiment bon s’y balader, elle respire la jeunesse, la vie, son centre-ville est très agréable. Comme à Lisbonne et à Porto, les trottoirs sont faits de pavés noirs et blancs joliment disposés. Les gens y sont accueillants. Je repense notamment à Gloria, cette femme très sympathique et serviable dans le bus. Les décorations de Noël sont déjà installées. Madère est d’ailleurs réputée pour son feu d’artifice de la St Sylvestre, et attire à cette époque de nombreux bateaux de croisière. Avant de repartir, vous ne pouvez occulter la visite du marché aux fruits et légumes. Je vous propose que nous y allions ensemble de suite. Nous avons besoin d’y faire notre avitaillement pour notre prochain départ en mer demain, direction les Canaries…